juin 1862, inédite
fluence turque en Orient. Ce qui est certain, c'est qu'à Gonstantinople nous ne comptons plus. Et voilà un vice-amiral qui entre glorieusement en matière. II reçoit son brevet de la veille, et le lendemain, on le désavoue Slu Moniteur. Du reste, quiconque l'aurait pu juger en Crimée ou dans l'Adriatique, était d'avance convaincu de la médiocrité du personnage. Ainsi finissent les vice-amiraux qui écrivent des articles dans la Revue des Deux Mondes, au lieu de prendre au sérieux leur intérêt de marin.
« A propos de littérature, on a mis hier en vente Les Mise'rahles de Victor Hugo, et ce livre est en ce moment le bruit de la ville. Il faut voir aussi les réclames dont on infeste depuis un mois à son sujet, tous les journaux de l'Europe. M™^ Hugo et ses fils sont ici, passant leur vie à rédiger des annonces, et à voir des journalistes. Cette plaisanterie va même si loin que l'éditeur de l'ouvrage, M. Pagnerre, rencontrant au foyer du Vaudeville un de ses amis, lui disait quelques jours avant la mise en vente : « En « vérité je ne sais plus quand nous paraîtrons, les « imprimeurs ne nous rendant pas les épreuves, impos- « sible d'obtenir rien des ouvriers, tous ces gaillards « se sont mis à lire en imprimant, et ce diable de « livre les émeut tellement, qu'ils en pleurent toute la « journée, et que les larmes leur ôtent la vue !» Est-ce beau cela? Les imprimeurs chômant pour cause de sensiblerie, et tout cela à cause des infortunes de Fantine ou de Jean Valjean ! Le livre a été payé trois cent mille francs par une compagnie, mais ce n'est pas lout, comme on a voulu faire dire en manière de réclame, que des traductions paraissaient le même JQUr dans toutes les langues de l'Europe,
il a fallu payer ces traductions de ses propres deniers : traduction anglaise, allemande, suédoise, danoise, russe, que sais-je ! Autant de frais immenses ajoutés aux trois cent mille francs et puis, il y aura dix volumes, c'est-à-dire cinq publications*. »
Voici une autre lettre de Henri Blaze, écrite je pense, vers 1864 et concernant Alexandre Dumas père. Plus tard, en 1880, sur le désir d'Alexandre Dumas fils et avec ses notes, Henri Blaze entreprit un livre sur l'auteur des Mousquetaires, qui est conçu avec admiration et respect; on y sent l'influence filiale de l'ami d'Henri Blaze qui veille à l'exécution de cet ouvrage, et en fournit les principaux éléments. Mais dans la lettre que l'on va lire, il n'est question ni d'admiration, ni de respect, et le critique, dont la plume est acérée, ne se contraint en rien lorsqu'il écrit à sa femme; il dessine, pour le plaisir de celle-ci, un Dumas père assez burlesque, et tout à fait amusant. Dans le livre d'Henri Blaze de Bury, on retrouvera aussi quelques observations piquantes, mais aucune rudesse, cela va de soi, quelques traits comme ceux-ci : l'auteur signale qu'Alexandre Dumas fut « encombrant dans l'action », et qu'il disait à Garibaldi : « Tous ces préparatifs pour prendre Naples, mais mon cher, vous n'y pensez pas. Faites comme le duc de Guise, ce n'est point avec de