‹ François Buloz et ses amis (volume 2)Chapitre 21 sur 106 · Nohant, 8 septembre · texte numérisé non relu

Nohant, 8 septembre

Cette année 1859 est celle de la guerre d'Italie. François Buloz, on le verra, désira l'unité italienne, la liberté et la grandeur de l'Italie ; il s'y employa même, obscurément, pourtant avec une activité passionnée. Il parle peu de tout ceci à George, d'abord parce qu'il parle peu, et ensuite parce qu'ils ne sont pas toujours du même avis. Au début, l'idée d'une telle croisade enthousiasma l'écrivain ; dans une petite brochure publiée en 1859, elle s'écria :

« Ceci est un grand moment dans l'histoire. Plaignons ceux qui ne le comprennent pas et bénissons cette milice ardente qui, au péril de sa vie, va résoudre le plus grand événement du siècle. De l'autre côté du Rhin, on se demande si la France est sincère. Noble Allemagne de Luther, de Leibnitz, de Gœthe et de Lessing, peux-tu en douter ^ ! »

Mais quelques mois plus tard, lorsque François Buloz se hasarde à lui parler de la paix, George rudement lui répond : « Oui, elle est propre la paix ! J'avais le cœur tout chaud et tout vivant pendant mon voyage. En apprenant de ville en ville une victoire, je reprenais foi à l'avenir. Mais... si j'écrivais maintenant ce que je pense et ce que je sens, je me ferais envoyer à Cayenne. Comment donc garder son âme dans le travail quand un pouvoir absolu et fanatique condamne

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