‹ François Buloz et ses amis (volume 2)Chapitre 36 sur 106 · Collection S. de Lovenjoul, inédite · texte numérisé non relu

Collection S. de Lovenjoul, inédite

accuse l'imprévoyance du gouvernement, et vient l'avertir sévèrement de la nécessité d'un changement politique... » Il ajoutait : « Il n'y a point de bon gouvernement financier sans liberté politique, en dehors de l'entier et rigoureux contrôle des assemblées représentatives et des vigilantes polémiques d'une presse libres »

François Buloz, prévenu par les siens de l'émotion causée par la chronique de Forcade, était demeuré à Ronjoux; il n'en revint que le 29 octobre, sur le conseil de Sainte-Beuve, se soustrayant ainsi aux « obsessions qui l'attendaient à Paris ».

Le l*"" octobre, parfaitement au courant de l'inquiétude que Forcade donnait à M. de Persigny, Sainte-Beuve, diplomate et serviable d'ailleurs, réunit, dans un « très beau déjeuner », François Buloz à un personnage officiel qui désirait être mis en rapport avec le directeur de la Revue, au nom du gouvernement. « Je vis bien ce qu'on voulait obtenir de moi », dit François Buloz à George Sand lorsqu'il lui narra cette aventure, et il répondit à «la courtoisie par une courtoisie semblable. — Nous serions heureux de louer et d'approuver les mesures libérales du gouvernement, mais jamais la Revue ne pourrait aliéner son indépendance, il lui en coûterait trop, sans parler

1. Eugène Forcade. Chronique du lo octobre 1861. Revue des Deux- Mondes.

de sa considération », etc. Après cela, on se quitta le mieux du monde.

Ce personnage plénipotentiaire, c'est M. Immhauss, successeur de M. de la Guéronniëre à la direction de la Presse. Il est avéré que c'est M. de Persigny qui est à la base de cette tentative. Quelques jours après le déjeuner, la i?eyi<e reçoit un « avertissement, précédé de durs petits faits » . François Buloz s'en émeut, moins que Sainte-Beuve, qui prend personnellement la chose à cœur. N'est-il pas intervenu lui-même? George, mise au courant par François Buloz des tentatives qui ont précédé l'avertissement, lui offre généreusement de s'entremettre auprès du prince Jérôme Napoléon. « Il a des idées et des sentiments très élevés et très généreux,... si on ne l'écoute pas toujours, on l'écoute quelquefois, et puis il est très persévérant, il sait revenir à la charge, son opinion peut avoir du poids à un moment donné. » Il a aussi une qualité précieuse aux yeux de George, il est sensible à la question d'art, à l'importance littéraire de la Revue. « Si vous croyez utile d'avoir une entrevue avec lui, je vous enverrai une lettre. » Justement, il a passé quelques jours à Nohant, on a joué devant lui le Drac que la Revue va publier.

Le 6 décembre, François Buloz, de Ronjoux, répond aux offres de George et l'en remercie : « Vous m'obligeriez fort d'écrire au Prince ce qui s'est passé, ce que je vous ai raconté et qui a eu l'air d'un piège. » Le

l" novembre, à la vue de cet avertissement, Sainte- Beuve avait dit : « Ce n'est pas vous qui êtes allé à eux; on est venu à vous, on vous a demandé de bons rapports, et quelquefois des services, vous avez répondu que vous feriez tout ce qui vous serait possible, et on vous frappe! C'est au moins assez mortifiant pour les personnes qui se sont mêlées de cette affaire. » (Les personnes qui se sont mêlées — lui, Sainte-Beuve.)

« Voilà ce que je voudrais que l'Empereur sut, ainsi que le Prince, continue François Buloz. Le fait est propre à donner Fopinion que l'on doit avoir de pareils procédés de gouvernement. Si le Prince veut bien en parler à l'Empereur, j'irais l'en remercier avec le mot d'introduction que vous m'offrez*.., »

Aprbs cela, George écrit au prince Jérôme qui, dilelle à François Buloz, est tout disposé en faveur du directeur de la Revue et pense comme lui sur l'incident en question, qu'il lui fasse écrire à son retour à Paris, le Prince donnera un rendez-vous à François Buloz. « Causez à cœur ouvert avec lui, il n'en abusera pas, ha. Pourtant, ménagez votre opinion sur M. de Persigny avec lequel il est très lié. Votre rôle est de présenter les faits sans personnalité trop directe, mais en disant tout ce qui est... » Cependant, George lui rappelle qu'il ne peut rien contre les faits accomplis.

Page 1