‹ François Buloz et ses amis (volume 2)Chapitre 75 sur 106 · août · texte numérisé non relu

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la lacune est-elle volontaire ? on le croirait. Comment François Buloz la laissa-t-il passer, lui qui eut tant d'admiration pour son poète? En tout cas, Musset releva la faute, prit sa meilleure plume, et décocha à son directeur ce billet, qui est amer :

« Mon cher Buloz,

«Je trouve dans la. Revue d'aujourd'hui à propos de MM. Deschamp, la phrase suivante : « Chemin fai- « sant... plus d'une individualité sortit du groupe (le « cénacle) M. Hugo, M. de Vigny, M. Sainte-Beuve, « et d'autres moins illustres. Quant à M. de Lamar- « tine, c'est un de ses privilèges de ne s'être jamais « trop mêlé », etc..

«Vous savez, je pense, que je n'ai pas grande vanité littéraire et que du moins il ne m'est jamais arrivé de demander à qui que ce soit, en aucune circonstance, un mot favorable. Peut-être avec un peu moins de dédain pour ces choses-là, ou avec un peu de politesse seulement, aurais-je pu être moins oublié, sans pour cela jouer des cymbales comme d'autres. Mais si la Revue, dont je suis l'un des collaborateurs depuis nombre d'années, ne daigne pas même à l'occasion, se souvenir de mon nom, et le citer, fût-ce en dernière ligne {quand ce serait peut-être son intérêt, mais du moins son devoir de le faire), il m'est impossible de ne pas ressentir ce qu'un pareil procédé a de désagréable et de gratuitement hostile pour moi. Plus je suis malade, oisif, et ennuyé, mieux je sens le coup de pied honteux de votre aliboron pelé. Qu'il en soit du reste selon votre sagesse ; je n'y songerai

certainement pas dans un quart d'heure, mais celam'a choqué, et devait me choquer, je crois.

« A vous,

« Alfred Musset ^ »

Dimanche soir.

Notre critique, qui fut l'élève de Michelet, lorsquecelui-ci enseignait l'histoire au collège Rollin, eût voulu rattacher à la Revue. Michelet y écrivit peu ; il eût fallu « l'attirer », pensait Henri Blaze, qui sévit refuser un article sur Y Histoii'e romaine, car, lui dit François Buloz, « pour avoir le droit d'exprimer son opinion sur un homme de talent ou de génie, il faut ni le connaître, ni l'aimer ». — - « Scrupules exagérés, pensait Blaze, que d'autres ont pu lui pardonner, mais dont se froissait la susceptibilité nerveuse de Michelet. De là son peu d'empressement à donner des travaux qu'il n'offrait qu'au dernier moment au directeur de la Revue. « Je vous dis, moi, que Bulozr ne m'aime pas », répétait Michelet à son ancien élève d'histoire...

Henri Blaze connut Stendhal, que l'amour de ce dernier pour la musique attirait, chez Castil-Blaze. H assure d'ailleurs que l'auteur de la Chartreuse, à cette époque, n'était guère écouté, et que dans les conversations, « Bequet ou Janin le faisaient volontiers

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