‹ François Buloz et ses amis (volume 2)Chapitre 74 sur 106 · LE ROI · texte numérisé non relu

LE ROI

Bien dit ! — Mon page, amène ici la belle Ferronnière.

Et du page qui court une torche à la main,

Le mantel d'or pourtant (lotte sur le chemin,

Car il sait avertir la belle Ferronnière,

Mais dans sa chambre où dort la lampe funéraire

L'avocat à l'œil dur est en habits de deuil ;

Il se penche pour voir sa femme en son cercueil

Et dit : Le duc d'Etampes eut pour lui la Bretagne.

Bien I Au lieu du remords, le mépris l'accompagne ;

Chateaubriand eut peur, et n'ouvrit (ju'un tombeau.

Sa vengeance boiteuse oublia le plus beau.

Mais certes qui verrait cette femme en sa couche,

Avec ce maigre corps, ces longs bras, cette bouche

Qui n'a plus rien d'humain, pas même la pâleur.

Qui verrait le cadavre et se souvient de l'ange

Gelui-li frémirait, sachant comme on se venge.

La facture de ces vers. Derniers instants de François 1", rappelle celle du Roi s'amuse. Mais la pièce de Musset est de 1831. « Tout le monde se disputait alors François I", dit Blaze, autant que Charles IX, la Saint-Barthélémy, le lévrier et les fols; ces sujets appartiennent au romantisme. »

pour parler musique : ils Taimaient passionnément tous deux. Le poète des Nuits vantait Schubert : « Quels secrets a ce diable d'homme ! Citez-moi un bruit de la nature qu'il n'ait pas inventorié. Personne comme lui ne s'entend à peindre l'eau, et quelle variété de touche ! L'eau qui fait aller le moulin de « la belle meunière », n'est point la même que celle du ruisseau clair où danse « la truite ». Il a, comme nous disons en rhétorique, des onomatopées dont aucun musicien ne s'est douté, des roulis, des rythmes, des tic-tac, qui réveillent en nous le sentiment de toute une série de bruits réellement perçus... tenez, c'est un paysagiste incomparable... et Mendelssohn donc ! » Musset confiait à Henri Blaze de Bury qu'il proposa jadis à Véron, alors directeur de l'Opéra, Le Songe d'une nuit d'été, « opéra en deux actes, paroles de Shakespeare, musique de Mendelssohn » : Véron n'en voulut point.

En 1846, Musset, pour se divertir je pense, écrivit à propos d'un poème de Blaze : Franz Coppola, des vers sur leur auteur. François Buloz en avertit son beau-frère : « J'ai là des vers d'Alfred sur vous, voulez-vous les lire? Il m'a autorisé à vous les montrer. » Mais Blaze : « Je les lirai quand ils paraîtront dans la Revue. — Autant dire jamais... » Non, Buloz ne voulut pas publier ces vers de Musset : « Tous ceux qui ont connu Buloz savent jusqu'oii cet homme difficile et dur poussait la délicatesse

professionnelle. Une fois sur le terrain de la Revue, il ne tolérait ni attaques ni représailles entre ses rédacteurs. Somme toute, ces vers manquaient de bienveillance, non de courtoisie... Mais Buloz avait sa règle de conduite, et son inflexible défiance surveillait les coups de filet à l'égal des coups d'encensoir*. »

Si Musset aimait à parler musique avec Henri Blaze de Bury, il ne l'apprécia guère comme critique musical; Musset ne dit-il pas en 1842 à « la marraine » ; « Il y a dans la Revue un article musical fort sot du petit Blaze, où la Grisi est louée en style de Scudéri au moins. Il y a entre autres cette phrase : Les voix s'efîeuillentcommeles fleurs»- — etilfautbien avouer qu'Alfred de Musset, en cette occasion, n'a pas tort, la comparaison d'Henri Blaze est mauvaise; Blaze traite le poète des Nuits fort durement dans ses Souvenirs, insiste sur ses faiblesses, discute son génie. Que se passa-t-il entre ces deux hommes? Alfred de Musset en voulut sans doute à Henri Blaze d'un article que celui-ci écrivit en 1841 sur les Poètes et romanciers modernes de la France '^. Le critique parlant des poètes contemporains et du Cénacle ne cite même pas Musset, et dans la Revue! Gela est grave, injurieux même;

1. Henri Blaze de Bury. Mes souvenirs, déjà cité. Revue Internationale, 1888, t. XVII, p. 335.

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