Ministre d'Etat
tous ses défauts, aime et admire les puissances réelles (en étant elle-même une) ^ »
Je pense que rien ne peut donner une idée plus complète de la nature de cette femme, que ce petit billet : courag'e, netteté, élan, orgueil, tout y est. Henri Blaze l'envoya à son beau-frère dans une lettre, en lui disant :
« Permettez-moi de vous envoyer ce post-scriptum d'une lettre que je reçus de Vienne ce matin, vous y verrez que cette nature impraticable^ comme vous l'appelez dans vos moments de colère, sait pourtant reconnaître le vrai mérite, et lui rendre témoignage. Puisque nous parlons de Schemerling, j'ajoute qu'il n'a pas été le seul à s'informer de vous, un autre plus haut placé s'en était enquis d'avance, et se propose de vous envoyer une marque très illustre de la distinction oii, personnellement, on vous tient. Je sais comme vous ce qu'à notre âge il »^faut penser de ces hochets... Quoi qu'il en soit, de tels honneurs, lorsqu'ils nous viennent sans que nous les ayons recherchés, ne sont qu'une constatation de notre valeur, du succès de ce que nous avons fait, et fondé. »
La lettre de H. Blaze n'est pas datée, il dut l'écrire vers I860. Au début de cette lettre, il propose à François Buloz de suspendre momentanément ses critrques musicales, offre trois articles de mois en
1. Les mots soulignés le sont sur la lettre par M»» Blaze de Bury.
mois à la Revue, sur d'autres sujets que la musique, et demande en échange une mensualité de oOO francs, car, dit-il : « Cela me mettrait plus à Taise, et me donnerait le moyen d'avoir une voiture... »
Henri Blaze de Bury qui devait mourir républicain fut, au début de sa vie, légitimiste ; voyageant avec sa jeune femme, en Autriche-Hongrie, et dans les (S petites cours allemandes », il s'arrêta à Frohsdorf, et aussi à Venise pour saluer le comte de Chambord. C'était en 1849. La duchesse d'Angoulème, fille de Marie-Antoinette, vivait encore. M"* Henri Blaze de Bury passa huit jours auprès d'elle, et ne l'oublia jamais. A ce moment on pouvait croire encore à une Restauration. Bientôt vint le 2 décembre : on ne crut plus à rien.
On devine l'impression que devait produire en 1849 la présence de la Dauphine. Pour les contemporains, déjà elle entrait dans la légende, escortée d'images, de souvenirs et d'histoire. Que l'on se figure à Venise, dans le Palais Cavalli, ou à Frohsdorf, la fille de Marie-Antoiaette assise à la gauche du comte de Chambord, causant et brodant : quelle saisissante réalité ! « Sa conversation était pleine de douceur et de mansuétude, écrit Henri Blaze. Les derniers jours de cette vie chrétienne se consumaient dans un touchant hommage de dévouement qu'elle rendait à son neveu : elle se lève quand il entre, et l'appelle « Mon Roi ». »
Les enfants du siècle (Blaze naquit en 1813) dont la mémoire avait recueilli les relations de leurs pères, témoins du 10 août et des massacres de septembre, demeuraient saisis à ce nom : la Dauphine... De quel effroyable passé surgissait cette ombre ?
Le couple Blaze de Bury subit le prestige de la duchesse d'Angoulême, prestige immense. Une auréole de respect et de vénération entourait cette princesse vêtue de noir qui représentait l'épave survivante de la Royauté pré-révolutionnaire et plus encore : le Malheur. Les lettres de la baronne Rose sont enthousiastes à son sujet, comme au sujet du comte et de la comtesse de Chambord.
Le 30 décembre 1849 la baronne écrit de Vienne: « Il est plus que probable que nous irons faire une visite à Venise... Nous avons vu le Prince'. Lui et la Princesse ont été plus que charmants. Elle nous a reçus une semaine après la mort de son père l'archiduc Ferdinand. Rien ne peut donner une idée de leur amabilité. Elle est certainement une femme très supérieure. Quant au Prince il fera un roi à la façon de Henri IV. » Après la visite au Palais Cavalli : « Rien ne peut égaler leur bonté envers nous. Quanta la Princesse, j'en raffole. Elle est l'être le plus parfait. Elle est absolument laide, avec un tel charme, une telle manière d'être que je défie n'importe qui... de