‹ François Buloz et ses amis (volume 2)Chapitre 9 sur 106 · Elle et LuiivX payé 4.500 francs à l'auteur · texte numérisé non relu

Elle et LuiivX payé 4.500 francs à l'auteur

Mirecourt écrivit ainsi trois fois — George se tint coite. La troisième lettre de Mirecourt se termine par ces mots : « Quand vous lirez ceci, j'aurai cessé de vivre ! » — Hélas ! combien ce g'enre de promesse est fallacieuse : l'expérience nous apprend qu'il ne faut rien en attendre.

Bref, Mirecourt ne mourut point, mais il écrivit par contre, quinze ans après tout ceci, la biographie de George, qui dut, cette fois, intervenir. Cet incident, de bien peu d'importance en vérité, fut-il la cause de la résolution de George Sand? Lui fit-il prendre alors seulement le parti d'écrire un livre relatant exactement (?) sa propre histoire d'amour? Gela est peu croyable, et je pense, avec bien d'autres^ que son parti était pris depuis longtemps déjà, et que les erreurs de Mirecourt n'y furent pour rien. Les romantiques ne se sont-ils pas toujours raconté dans leurs œuvres avec un entrain unanime? George ne faisait que suivre en cela l'exemple de ses prédécesseurs. Donc, George écrit, après la mort de Musset, Elle et Lui; c'est le reproche fondamental qu'on lui fera : elle a attendu, pour écrire ce livre, que la voix de son amant fut silencieuse à jamais.

Elle composa ce roman en un mois : du 29 avril au 30 mai. La Revue ^ depuis Y Homme de Neige, lui était ouverte à nouveau, elle y apporta son livre : « M. Buloz, dit Spoelberch de Lovenjoul, n'était ni un complaisant, ni un témoin corruptible. De plus,

sa situation particulière d'ami et de confident des deux affolés d'amour pendant la période môme de leur lutte, donne à ses appréciations dans ce débat, un caractère tout particulier d'autorité. »

Et voici l'opinion de François Buloz, sa première impression sur Elle et Lui :

« Mon cher George,

« J'ai lu votre roman autobiographique. Pour moi qui connais les faits, qui vous ai même toujours défendue verbalement à l'endroit d'Alfred, je vous trouve dans la vérité et dans la modération, dans le portrait que vous tracez.

« Mais le public, qui ne sait pas tout cela, pourra vous trouver un peu sévère. Il y a peut-être aussi des choses qu'il ne faut pas toucher quand il s'agit d'une personne qu'on a aimée, je veux dire le côté pécuniaire...

V Je crois donc qu'aux épreuves, vous ferez bien, pour vous, non pour d'autres, d'adoucir quelques passages, d'accorder quelque chose de plus à l'artiste, de représenter Thérèse moins parfaite \ Il faut, en quelque sorte, tout peser et modérer, comme si Alfred était là et pouvait vous répondre...

« Somme toute, certaines choses adoucies ou supprimées, ce sera peut-être une de vos meilleures compositions. On voit bien que vous avez voulu repousser certaines accusations, que vous avez parfaitement le droit de repousser, parce qu'elles sont fausses, car

Page 1