‹ François Buloz et ses amisChapitre 120 sur 212 · Libri à F. Buloz, 27 mai · texte numérisé non relu

Libri à F. Buloz, 27 mai

Mon cher Monsieur,

J'apprends par M. Collig, le triste résultat de Taudience d'hier et quoique je souffre horriblement d'une fluxion de dents, je veux vous écrire un mot pour vous dire toute la part que je prends à ce déplorable jugement. Je ne sais comment exprimer mes sentiments à M. Mérimée qui est si rudement frappé, et d'une manière qui ne me permet pas de prendre pour mon compte les conséquences les plus désagréables de ce jugement. C'est là pourtant ce qui mè tourmente.

... Il faut que j'abrège, car en vérité je n'en puis plus tant je souffre! Vous comprenez bien que toutes les conséquences pécuniaires de celle affaire me regardent uniquement. M. Barthe m'a écrit que l'article, etc. vous a coûté en tout 1 100 francs. M . Collig m'annonce une amende de 1 000 francs pour M. Mérimée et de 200 francs pour la Revue. Je vous enverrai au commencement de la semaine prochaine 2 300 francs par l'intermédiaire de M. de Friddani* que vous connaissez. Veuillez vous charger d'acquitter l'amende de M. Mérimée en même temps que celle de la Bévue, en disant à M. Mérimée que c'est la Revue qui doit payer tout cela, et que vous vous en chargez. Vous m'obligerez beaucoup en ne disant pas à M. Mérimée que je vous ai envoyé cet argent; eu tout cas, veuillez lui dire que c'est la Revue qui est condamnée, qu'on ne peut pas scinder votre affaire de la sienne et que l'amende est unique, quoique divisée en deux parties. Enfin je compte

1. « Le baron de Friddani et l'abbé Gioberti avaient été tous deux invoslis d'une mission diplomatique auprès du Gouvernement frant.'ais » (Lacroix).

sur vous et sur voire amitié pour arranger cette affaire de la manière la plus convenable.

... Si M. Mérimée entendait parler de moi, qu'il comprenne bien que je ne fais que remplir un devoir rigoureux. Je remplis un devoir à Tégard de M. Mérimée et de la Revue^ et j'espère que vous ne verrez, ni l'un ni l'autre, dans ma conduite, que l'exécution d'un devoir rigoureux.

S'il y a d'autres frais de justice, etc., veuillez, je vous prie, me les faire connaître*.

Après avoir refusé de faire appel au jugement du Tribunal, F. Buloz se ravisa- t-il? Voulut-il reprendre les débats? Mérimée lui écrivit le 28 mai':

Mon cher Monsieur Buloz,

Restons, je vous en prie, chacun avec nos horions ; vous n'avez pas voulu, je ne veux plus, n'en parlons plus.

Tous les gens de palais que je vois me disent que les substituts et autres chats fourrés trouvent que la justice a été indulgente. Je suis convaincu qu'il y a plus à risquer à un appel qu'à gagner. Cependant voyez, moi je me tiens pour content. Peut-être que vous présentant seul pour l'appel, les juges prendront en considération la position particulière où vous met la loi nouvelle.

Mille amitiés et compliments,

p. MÉRIMÉE,

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