George Sand, René Doumic, déjà cité
3, Correspondance autographe de Marie Dorval, Catalogue Lemasle, 1917.
Houssaye, Gérard de Nerval furent du nombre. Au dessert, Sandeau, très ému, prit la parole :
« Mes amis, dit-il, c'est à un dîner d'adieux que je vous ai conviés. Oui, le moment est venu : je dis adieu à ma jeunesse. Demain...
Il dut s'interrompre pour hocher la tête.
— Demain, j'aurai trente ans ^l
A quelque temps de là, Sandeau, se maria; et il écrivit à Gustave Planche : « Oui, mon cher Gustave, je suis marié, marié selon mon cœur et selon mon goût, heureux bien au delà de mes espérances, car je ne devais guère espérer une si belle fin à une si triste, et si misérable jeunesse... »
On ne lit plus les romans de Sandeau, ils sont démodés, et charmants. Pourtant depuis que le marquis de la Seiglière a pris le parti de passer dans la comédie, il demeurera immortel; les situations des romans de Sandeau ne sont pas seulement agréablement étudiées, ses personnages sont d'un fort plaisant esprit. Je ne sais dans lequel de ces romans j'ai noté ce trait, décoché aux maris :
« Les maris, en général, aiment leur femme comme la santé, c'est par la privation qu'ils arrivent à l'apprécier. »
Quand Sandeau écrivit Fernand, il pensa, et ce
1. Jules Claretie, La Vie à Paris, 1880. Quelques années après ce dîner de Sandeau, Em. Aubier dans la liste de personnages d'une de ses pièces, écrivait celte indication : Un tel, vieux débauché : trente-trois ans.
fut sans doute présomptueux, qu'on dirait : « C'est Adolphe. » — « On n'y manquera pas (c'est à F. Buloz qu'il écrit). Vous-même l'avez dit : c'était inévitable. Réfléchissez, vous verrez bien que la position n'est pas la même. Il n'y a d'Adolphe, que le caractère faible et indécis. Fernand est, comme Adolphe, un cœur sans méchanceté plutôt que bon, ayant tous les instincts du bien, sans en avoir l'énergie. Mais je persiste à dire et à écrire, que la position est tout autre. »
Ce romancier si doux, prononça cependant quelquefois de méchantes paroles :
« Vous avez avec moi, mon cher Buloz, des façons d'agir, qui sont peut-être de votre goût, mais qui ne sont pas du mien. J'ai lieu de m'étonner qu'il n'y ait, de vous à moi, que de mauvais procédés, lorsque de moi à vous, il ne s'en trouve que de bons », et Sandeau expose ses griefs : terribles griefs! — ■ F. Buloz a oublié d'envoyer des places à mademoiselle Sandeau, pour la Comédie Française : ce Ma sœur vous a écrit, vous n'avez pas répondu : c'est impoli, pour ne pas dire plus » ; et les numéros de la Revue contenant son roman {Fernand), sa famille devait les recevoir, elle n'a rien reçu. Comment lui paiera-t-on ce qui est dû pour Fernande il l'attend encore, ce Ce qu'il y a de triste à penser, c'est que si f étais ynoins pauvre, vous auriez pour moi plus d'égards... et maintenant adieu. Je ne
VOUS fatiguerai plus de mes importunités; sachez seulement que je vous ai été assez attaché pour me résigner à solliciter de votre mauvaise grâce, moins qu'on ne me sollicitait ailleurs d'accepter. »
C'est dur? Mais dix jours après :
<( Il est vrai, mon cher Buloz, qu'en lisant votre lettre, j'aurais bien voulu pouvoir rattraper la mienne; il n'était plus temps. Excusez-moi. Quant aux coupures que vous avez faites*, vous avez eu raison de penser que je vous en remercierais : tout est pour le mieux, et je vous remercie bien sincèrement.
» Je vous aurais écrit plus tôt pour solliciter mon pardon, si je n'avais passé tous ces derniers jours dans une affreuse anxiété, qui dure encore. Ma femme s'est obstinée à nourrir son enfant; elle a voulu cacher le mal qu'elle en ressentait. Depuis qu'on lui enlevait son petit, de graves accidents sont survenus; nous avons tremblé pour sa vie, et encore à cette heure, le danger n'est pas entièrement passé.
» Vous me demandez si je veux que vous vous adressiez encore une fois à M. Mallac, mon cher ami, c'est absolument comme si vous demandiez à un homme qui se noie, s'il veut qu'on lui jette une planche , je vous devrais plus que . la vie.
» J'ai bien deux bons tiers de volume : mais
1. A Fernand qui paraissait alors dans la Ftevue, i^' et 15 octobre 1843.
c'est moral en diable *. Je reçois votre lettre, et je rouvre la mienne. Merci mille fois ! Ma femme est encore bien souffrante, mais que vous nous donnez du courage et de confiance! Adieu! et à bientôt!... »
F. Buloz s'occupait alors à trouver pour Sandeau une situation de conservateur, peut-être, ou de bibliothécaire, qui lui permît de travailler avec moins de préoccupation. Sandeau s'adressa à Villemain, qui ne répondit « qu'une lettre de bureau », et aussi à Dubois (de la Loire-Inférieure). Il comptait sur son appui, « et au besoin, sut l'appui d'autres gens, assez bien placés, tels que députés, amiraux, et maréchal de France. » Il demandait à son directeur : c< Me conseillezvous d'adresser ma pétition tout de suite? je n'agirai que sur votre avis. »
En 1845, sous le masque d'Eutidèmey Pontmartin fait le portrait de Sandeau :
« J'avais devant moi un gaillard de bonne mine, aux larges et robustes épaules, menacé d'un embonpoint précoce, de petits yeux vifs, doux et fins, le front dénudé comme un genou... » Mais qu'est devenue la chevelure frisée du petit saint Jean^? H. Blaze nous le dit : « 11 y perdit (à ses chagrins d'amour), en plus, tous ses cheveux. C'est à cette crise qu'il doit sa calvitie devenue
1. Il doit être question de Mademoiselle de la Seiglicre que la Revue commença de publier l'année suivante.