La Coupe et les Lèvres
leurs que son opinion n'impressionna guère Musset, qui c( essuya ses rasoirs » sur cette prose.
« Sur la foi de quelques feuilles indulgentes ou louangeuses, M. de Musset s'est mis en tête qu'il était poète au berceau, que ses moindres bégaiements respiraient, sinon la plus pure, du moins la plus belle poésie, que rien ne pourrait détruire en lui cette nature poétique... « Quidquid tentaham scribere, versus erat. Les Contes d'Espagne et d'Italie, que M. de Musset publia presque au sortir du collège, accusaient en lui une verve chaleureuse, un goût assez peu formé, quelques intentions poétiques... etc. » (Voilà tout ce que le chroniqueur accorde aux Contes d'Espagne et d'Italie. Quant au Spectacle dans un fauteuil, il l'apprécie encore moins. Ah! c'est un critique sévère ce J. S.). « M. de Musset devait s'attendre à trouver des juges », et voici ce que dit ce juge : « M. de Musset à nos yeux n'est qu'un poète médiocre. » Après cette sentence, le pauvre poète médiocre doit subir encore quelques assauts, et d'abord il imite Byron, une imitation « assidue et persévérante ». Tout en critiquant, J. S^ parle des « poèmes » de M. de Musset, puis il s'arrête, et dit dédaigneusement : « C'est, je crois, le nom qu'on donne à ces compositions? » et il les traite plus loin de « poésie rocailleuse qui ressemble furieusement à de la mauvaise prose ».
Bref, il ne trouve aucun salut pour le poète, hors du genre descriptif, a le genre descriptif de
l'abbé Delille! Non canimus surdis ». Et il termine en conseillant à la Muse de iM. de Musset, qui n'a plus qu'un reste de fraîcheur, le voyage d'Italie.
Le plus piquant est que ce J. S. c'est Jules Sandeau^
Cependant F. Buloz, toujours à la recherche des jeunes, et du génie des jeunes, avait suivi le poète depuis ses débuts, et lu le livre inapprécié : ce livre lui plut. Il faut dire qu'il contenait : A quoi révent les jeunes filles, et Namouna.
« Il y avait quelqu'un, dit Emile Montégut, qui avait lu ce livre avec admiration, quelqu'un qui, pour avoir une opinion, n'attendait pas que le voisin la lui apportât. » Etl'opinion de Xd^Revue fut celle de Sainte-Beuve, qui prononça : « Le Spectacle dans un fauteuil, que M. Musset vient de publier, classe définitivement son auteur parmi les plus vigoureux artistes de ce temps ». Il trouve que « ces vers sont d'une telle qualité poétique, que bien des gens de mérite arrivés à l'Académie (M. Delavigne si l'on veut) n'en ont peutêtre jamais fait de ce ton^. » Pauvre M. Delavigne! La louange — cette louange-ci surtout — fut douce au cœur du poète, et lorsque F. Buloz lui écrivit pour lui demander sa collaboration à la Revue, sa réponse fut André dcl Sarto. Henri Blaze remarque que c'est au plein de sa a défec-