Sainte-Beuve à Hugo, 14 novembre
leuse, les autres, pour confondre le naïf enthousiasme de Sainte-Beuve. Mais qu'auraient dit les uns et les autres, s'ils avaient su que cette note, dictée par le grand poète des Feuilles d'Aictonme lui-même, avait été envoyée par lui-même à la Revue? Voici le passage d'une lettre de F. Buloz à George Sand, très postérieure à ces événements, et qui les confirme :
« Laissez-moi, encore à ce propos, vous citer un fait qui m'est personnel. En 1832 V.'Hugo m'envoya lui-même une note dictée par lui, et que vous pouvez retrouver dans la Revue de ce temps, 1831, ou 1832. J'étais bien novice alors, et bien admirateur aussi, j'insérai donc cette note, qui commençait ainsi : « Tout relève de Victor Hugo, drame, roman, » poésie, etc. » J'ai encore présent à la mémoire l'orage que ceci me valut d'un côté, les railleries de l'autre, et je me promis bien de n'être plus dupe de pareil charlatanisme; croyez-en mon amitié et mon expérience, louez, mais restez dans la mesure, » etc*.
L'année suivante Vigny donna à la Revue, son charmant proverbe : Quitte j}our la peur. En l'écrivant pour Marie Dorval, l'auteur se souvint d'une anecdote que la duchesse de Béthune lui avait contée et, dans l'œuvre émue, sombre, tragique ou désespérée de Stello, c'est une jolie
1. F. Buloz à G. Sand, 5 mai 1864, inédite. Collection S. de Lovcnjouî, f. 146.
vision du précédent siècle, ce Quitte pour la peur, légère, pleine de grâce.
A ce propos F. Buloz écrivait à Bocage : « Alfred ne me paraît pas vouloir se contenter de cinq cents francs pour son proverbe, tant pour son insertion dans la Revue, que pour le tirage à part, il hésite, il veut attendre; c'est cependant fort bien payé ; du reste, je ne doute pas que nous ne l'ayons, mais je voudrais couper court à ses hésitations, et savoir sur quoi compter. Je me repose donc sur vous pour en dire deux mots à Madame Dorval, et faire décider la chose promptement. Je vous en prie, mon ami, ne négligez rien K »
L'admirable nouvelle de Vigny, Laurette ou le Cachet Rouge, dont F. Buloz eut la primeur, fut, à l'époque des débuts de la Revue, la cause d'un procès entre celle-ci et le Petit Courrier des Dames (journal de mode et de patrons). Le premier procès de F. Buloz! Il en aura d'autres, et de plus redoutables : contrefaçon, propriété littéraire, poursuites contre les auteurs d'insertions calomnieuses, ruptures de traités, etc., ce sera plus grave. Pourtant ce premier procès l'émeut plus que ne devait le faire aucun autre. L'existence do la Revue est bien récente, et déjà on plagie la Revue! Quatre articles, insérés dans les numéros du 1^'" mars 1831, novembre de la même année,