Ma mère ne la connut que vers i
Ces deux femmes, si dissemblables comme existence, idées, croyances, et que le hasard réunit, eurent de l'affection l'une pour l'autre, et une admiration réciproque : M""^ François Buloz révérait le génie de l'écrivain, — George Sand les vertus de son amie.
Plus tard, Jules Sandeau montrait à la petite Marie, fille de François Buloz, des photographies dans un album. Il tenait l'enfant sur ses genoux, et pendant qu'elle tournait les pages, il lui nommait les personnes qu'elle ne connaissait pas. L'image de George Sand passa; alors Sandeau dit, d'un ton tragique : « Regarde bien cette femme, petite, regarde-la : c'est un cimetière, tu entends? un cimetière! » Mais la petite fille n'y comprenait rien, naturellement.
Lorsqu'elle eut quinze ans, cette même petite fille, devenue une grande jeune fille, ayant sans doute entendu sur l'écrivain beaucoup d'appréciations semblables, — et les comprenant mieux, peut-être, — se montrait, avec George Sand, assez froide : cet âge plein de grâce ignore l'indulgence. Alors, un jour, George Sand lui dit : « Ah! je comprends! on vous a parlé de moi ! » et doucement elle ajouta... c( Plus tard, vous absoudrez! » N'est-ce pas charmant?
En 1832, — - mai, — elle venait de publier Indiana. Valentine suivit quelques mois après. G. Planche fit dans la Revue du 15 décembre * un
très élogieux article sur ces deux romans. Il écrivit :
a Qui a fait ces deux livres? Que signifie cette signature de George Sand? » En vérité n'en savait-il rien? Et puis sur Valentine : « C'est un livre de femme, car c'est aux femmes seulement qu'il est donné d'avoir de l'esprit avec du cœur. » « Comme je ne travaillais pas encore à cette Revue, dit George Sand, l'hommage était désintéressé, et je ne pouvais que l'accueillir avec gratitude* ».
Bientôt Planche, sur l'instigation de F. Buloz, demanda à G. Sand sa collaboration pour la Revue. « Je fis pour ce recueil Metella et je ne sais plus quoi d'autre! » — Et voilà vraiment une étonnante assertion, car ce « je ne sais plus quoi d'autre », représente toute son œuvre (l'at-elle oublié en écrivant V Histoire de ma Vie?) sauf les romans qu'elle signa de 1841 à 1851, époque de sa rupture avec la Revue.
(( La Revue des Deux Mondes, et la Revue de Paris se sont disputé mon travail », écrit-elle à sa mère en 1833. « Enfin, je me suis livrée à la Revue des Deux Mondes pour une rente de 4 000 francs, trente-deux pages d'écriture... » 4 000 francSj soit, mais rapidement la situation changea, et j'ai retrouvé dans le dossier du procès Buloz-Sand, qui eut lieu plus tard, parmi de nombreux papiers, comptes, traités, lettres