‹ François Buloz et ses amisChapitre 173 sur 212 · Le Petit Poucet, 1" septembre · texte numérisé non relu

Le Petit Poucet, 1" septembre

il s'y trouvait en juillet 1833. C'est à Londres, à la date du 4 juillet, qu'il reçut la lettre qu'on va lire, signée G. Sand, mais écrite peut-être avec la collaboration de Musset. Quoi qu'il en soit, cette lettre renferme la première idée du Songe d'un Reviewer que Musset écrivit à son tour à F, Buloz, en novembre de la même année : il serait curieux que cette première idée fût de George Sand.

Mon cher Buloz,

Avez-vous fait un bon voyage? Êtes-vous vivant, avez-vous oublié nos querelles, mes violences, vos fureurs, les rages de Planche, les grincements de dents de Dumas, etc., etc.? Nous nous sommes quittés comme une bande de chiens hargneux; depuis ce temps, Planche a sommé Dumas de lui rendre raison. Dumas a tué Planche. -Planche a fait son testament en votre faveur, et vous a légué ses œuvres complètes en 42 volumes in-8°, composés d'un discours sur la modération, d'un traité sur les ophtalmies, et d'une dissertation sur les racines grecques. Sainte-Beuve est sur le point d'épouser une jeune personne qu'il a enlevée; M. Alfred de Musset s'est brûlé la cervelle après avoir perdu 37 000 francs au jeu. M. Ampère est parti pour l'Allemagne, M. Lacordaire pour l'Amérique du Sud; Barbier va épouser une lady et se fixer en Angleterre. M. de Vigny est devenu fou, et M. Magnin aveugle. Voilà ce que c'est que d'abandonner la Revue. Quand on revient, on ne^- trouve plus personne. Il ne vous reste plus que Lord Fee-

Vm^ \ qui osl revenu d'Espagne, et le po(Ste de Dieu ^ qui vient de faire paraître un très beau poème sur les étoiles fixes, f^)ur moi je suis veuve. .l'ai eu le bonheur dontcrrer mon mari, je suis rentrée dans la jouissance de mes biens, et suis décidée à ne plus m'occupcr de littérature.

Néanmoins, comme il me reste quelques dettes à payer, provenant du cher défunt, je vous prie, mon ami, de ne pas mettre en oubli Taffaire dont vous avez eu la bonté de vous charger, et de me dire si vou^ voyez quelque apparence de traité entre moi, et les libraires de Londres.

J'espérais que vous me donneriez de vos nouvelles; mais n'en recevant point, je suis partagée entre le désir de terminer l'impression de mon livre, et celui d'attendre l'effet de vos démarches obligeantes.

Recevez d'avance tous mes remerciements, et faites-moi un peu savoir où en sont mes affaires extérieures. Je compte toujours sur votre bonne amitié.

G. SAND

On voit la parenté : elle est curieuse, et je ti'anscris ici le Songe d'un Reviewer, pour qu'elle apparaisse mieux encore, à la suite de la lettre de George Sand.

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