Voitures publiques
Regnault regardait ses boites Sans pouvoir dire un mot; FeuiUide dit: « A proi)OS, Je vais enlever ma culotte, Afin d'ôtre plus dispos Et de n'ôtre pas capot, »
Buioz, s'asseyant par terre, Saisi d'un effroi mortel, S'écria : « Au nom du ciel Mes amis, qu'allez-vous faire Que deviendra mon journal?
Je m'en vais me trouver mal. »
« Messieurs, écoutez de grâce, Dit Regnault aux assistants; Je ne suis pas éloquent.
Mais mettez-vous à ma place.
Je crois que, certainement, Nous sommes tous bons enfants.
Monsieur Planche a du courage Et Monsieur Feuillide aussi; Pour nous, nous sommes ici Pour empêcher le carnage.
Votre journal est charmant, Le nôtre pareillement.
Vous avez raison entière, Et nous, nous n'avons pas tort.
Vous ne craignez pas la mort Et nous ne la craignons guère.
Je crois, sans vous offenser.
Qu'il est temps de s'embrasser. »
« Messieurs, c'est épouvantable, Leur dit Buloz tout suant,
George Sand, assurément, Est une femme agréable Et pleine d'honnêteté, Car elle m'a résisté!!
« Messieurs, ce n'est pas pour elle, Dit Planche, que je me bats, J'ai ma raison pour cela; Je ne sais pas trop laquelle; Si je me bals, c'est pour moi, Je ne sais pas trop pourquoi. »
Buloz qui chargeait les armes Avec du plomb à lapin, Le prit alors sur son sein, Et le baigna de ses larmes En lui disant : « Mon enfant, Vous êtes trop véhément. »
Feuillide, le gigantesque,
Lui dit : « Monsieur, s'il vous plaît,
Donnez-moi mon pistolet.
Tous ces discours- là me vesque,
Je ne viens pas de si loin
Pour voir pleurer les témoins. »
Les combattants en présence Firent feu des quatre pieds.
Planche tira le premier, A cent toises de distance; Feuillide, comme un éclair, Riposta, cent pieds en l'air.
« Cessez cette boucherie, Crièrent les assistants, C'est assez répandre un sang Précieux à la Patrie; Planche a lavé son affront Par sa détonation. »
XXIIÏ
Dedans les bras do rcuillide, IManclie s'élance à l'instant, Et lui dit en san^Holant :
« Nous sommes deux intrépides, Je suis satisfait vraiment, Vous aussi probablement. »
Alors ils se séparèrent, Et depuis ce jour fameux.
Us vécurent très heureux.
Et c'est de celte manière Qu'on a enfin reconnu De George Sand la vertu.
A la suite du duel, dont la presse se divertit fort, le Petit Poucet raisonna ainsi : « Si Lélia est de M. Sand, je ne sais trop à quel titre ^I. Planche s'est constitué le bravo, le majo de cet écrivain. A moins que M. Sand ne soit impotent ou cul-de-jatte, la conduite de M. Planche est incompréhensible. Si M. Sand est une femme, ce dont il est permis de douter en lisant Lélia, ce rêve de dévergondage et de cynisme, cette femme doit savoir peu de gré à M. Planche de l'avoir compromise par une démarche, beaucoup moins chevaleresque qu'inconséquente et irréfléchie ^ »
Battez-vous donc pour vos amis !
Quelque temps avant le duel Planche, F. Buloz était allé à Londres pour les affaires de la Revue;