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Correspondance de George Sand et d'Alfred de Musset

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d'aimer sans passion, elle ajoute : « Oh! nous nous reveiTons, n'est-co pas? »

l*(mdant ce temps, et malgré les orages qui ont bouleversé son cœur et sa vie, avec acharnement, avec régularité et suite, nuit et jour, elle écrit. Elle a besoin de travailler, car elle n'a plus d'argent, et elle a promis des manuscrits à Buloz. . . Successivement elle lui enverra les deux Lettres d'icn voyageur, elle finira André et aussi Jacques. Elle a écrit Leone Léoni en quatorze jours, au milieu des angoisses que lui a causées la maladie de son amant.

Nous nous la figurions brisée par ses émotions passées, hésitante au seuil d'une nouvelle vie, cherchant dans le travail une discipline morale... 11 n'en est rien. 11 est vrai qu'elle a des heures d'accablement; elle pousse alors des cris de détresse vers « son petit oiseau » ; mais la nouvelle vie qu'elle s'est créée, pour bizarre et inattendue qu'elle soit, ne lui déplaît pas.

Figure-toi, que j'ai été jetée de prime abord dans un tissu d'aventures romanesques, écrit-elle à Musset. M. Pierre Pagello est un Don Juan sentimental, qui s'est trouvé tout à coup quatre femmes sur les bras. Tous les jours, tragédie et comédie nouvelle de la part de ses amantes, et de ses amies. C'est un imbroglio à n'en pas finir, et je t'en ferai le récit épique, quand nous nous reverrons, au mois d'août.

Au milieu de tout cela, il a eu des tracasseries

avec sa maîtresse de maison, et nous avons fait une association et un arrangement.

Comme j'établis mon quartier général à Venise j'ai pris le primo piano d'une maison qui sera toute à nous. Pagello et son frère au second, et près d« moi, Guilia Pu^ppati. Ah! qu'est-ce que Guilia Puppati? Certainement M. Dumas dirait de belles choses là-dessus. On dit dans la maison Mezzani que c'est la maîtresse des deux Pagello, et qu'elle et moi sommes les deux amantes du Docteur. C'est aussi vrai l'un que l'autre; Guilia est une sœur clandestine, fille non avouée de leur père. Elle est jolie comme un ange, et chante comme un rossignol.

C'est une pincée, demi-anglaise, demi-italienne, avec de grands cheveux noirs, de grands yeux bleus toujours levés au ciel, maniérée avec grâce et gentillesse, exaltée, un peu folle, bonne comme Pagello. Elle chante divinement, et je l'accompagne au piano. Le reste du temps, elle fera l'amour, ou lira des romans ^

Le 30 mai, de Venise, G. Sand écrit à F. Buloz :

Mon cher ami, je vous envoie la moitié du premier volume de Jacques.

Dans trois jours veus recevrez une seconde lettre sur l'Italie, elle est prête. Le 20 juin, vous recevrez la suite de Jacques. Vous pouvez donc commencer à la mettre sous presse.

Vous devez avoir reçu la fin à' André. Vous voyez

1. Correspondance de George Sand et d'Alfred de Musset publiée par M. Decori, 1904.

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que je suis aussi exacle qu'il est humainement possible de TClre, avec tous les ciiagrins, et les malheurs que j'ai eus à supporter.

Dans ce moment, je suis horriblement inquièle de mon fils, dont je n'ai pas eu de nouvelles depuis deux mois. Tâchez de m'en donner. J'en demande à tout le monde, personne ne s'en soucie. Je n'en suis pas plus gaie pour cela.

Car au milieu de tout cela, c'est une très bonne mère.

A Musset, elle écrit : « Je suis triste de n'avoir pas ma fille.

» Qu'est-ce donc que cet amour des mères? C'est une chose mystérieuse pour moi. »

Elle n'ose pas demander à^son amant d'aller voir Maurice à sa pension, parce qu'elle craint que cela ne le trouble, mais à Buloz elle écrit, le 14 juin, de Venise :

Arrangez-vous de manière à ce que je puisse bientôt vous donner une poignée de main, et embrasser mon enfant, que je suis malade de revoir. En remettant les 100 francs à Papet pour M. de la R., dites-lui, je vous prie, qu'il les remette à luim^me, mais qu'il refuse un reçu, au cas où M. de la R. voudrait lui en donner un.

* Je vous enverrai ou je vous porterai une nouvelle vénitienne. Ayez de l'argent, car je travaille, mais pour Dieu, sachez ce qu'est devenu Boucoiran. Ayez la bonté de faire passer la lettre ci-jointe î. monsieur mon (ils. Si vous aviez la bonté de le voit quelquefois le dimanche ou le jeudi, de midi et demi

à une heure, et de lui porter quelque bâton de sucre d'orge, ou quelque poignée de cerises, de ma part, vous me feriez bien plaisir...

Adieu, soyez un brave Buloz, et comptez sur le zèle de votre ami George.

Et le 5 juin :

Mon cher Buloz,

Je vous envoie la seconde Lettre sur Tltalie; comme elle est adressée à Alfred, j'aurais beaucoup de plaisir à ce qu'il la lût le premier, mais comme dans sa dernière lettre il me mandait qu'il était prêt à partir pour les eaux d'Aix, je crains qu'il ne soit déjà plus à Paris, et je vous la fais passer, pour que vous ayez l'obligeance de la lui remettre. Après quoi vous la ferez*paraître dans le n° du 15 juin, si cela vous convient. Tenez vos comptes avec moi en règle, car nous sommes loin l'un de l'autre, et l'un de nous peut crever, passez-moi l'expression, avant de les avoir terminés. Vous avez dû recevoir le commencement de Jacques. Vous recevrez la suite le 20.

Si Alfred n'est plus à Paris, ouvrez le paquet et mettez le manuscrit que je vous envoie sous presse. Faites-y les corrections de langue et d'orthographe qui seront nécessaires.

Adieu, mon ami. Ayez la bonté de faire jeter lo billet ci-joint à la poste. Mille amitiés.

Tout à vous,

GEORGE*

." ô juin 1834.

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