‹ François Buloz et ses amisChapitre 190 sur 212 · Correspondance de George Sand et d'Alfred de Musset · texte numérisé non relu

Correspondance de George Sand et d'Alfred de Musset

suis très mal portante, et incapable de voyaj^er vite; un jour de repos de plus ou de moins à prendre en chemin, me sera précieux comme la vie, si toutefois la vie est précieuse, ce dont je vous laisse la décision, mais j'ai le mal du pays, non pour le pays, mais pour mes enfants qui y sont, et que je suis malade de ne pas voir depuis si longtemps. Je vous remercie mille fois de la bonne intention où vous êtes, d'aller voir mon fils...

Je suis charmée que vous ayez la Revue de Paris pour mon compte, espérons que vous y trouverez le vôtre, on m'a écrit que ça n'était pas une bonne affaire, mais qu'en sait-on? Vous avez de l'activité, du génie, de l'obstination, et Gerdès!

Pour moi, je travaillerai pour celle que vous voudrez, et môme pour toutes deux, si toutes deux payent bien. Ayez encore quelques sous à me donner quand j'arriverai, car je vous porterai une troisième lettre, et j'aurai à changer de logement, ce qui ne m'amuse guère. Si vous en savez un qui n'ait aucun défaut, qui soit vaste, beau, situé en belle vue, en bon air, et qui ne coûte presque rien, indiquez-le moi, et dites au propriétaire qu'il sera assez payé par les grâces de mon esprit, et le charme de mon regard; les hommes d'aujourd'hui sont des butors, de demander toujours de l'argent à des gens comme nous

Savez-vous que j'ai horriblement souffert de la misère? J'en ai maigri, et pàti à la lettre.

Adieu, mon ami, je viens de finir Jacques, et le soleil se lève. Je vais aller me promener sur les lagunes, et chanter une hymne à Buloz le grand, à Buloz le généreux, à Buloz le magnifique; toutes les écrevisses répondront : 4 men!

Faites bien attention à Jacques^ à toutes les fautes de français, à tous les mots répétés, à toutes les contradictions qui peuvent se trouver dans certaines dates, et dans certains détails, car à mesure que je vous envoyais mon manuscrit, j'en oubliais le contenu exact.

Adieu, mon ami. Tout à vous,

GEORGE

Enfin la dernière lettre de George Sand est du 19 juillet : « Au bout du compte, je serai bien contente de vous donner une poignée de main; vous m'avez envoyé une lettre de mon fils, je vous en remercie. J'ai une extrême impatience à le revoir, comme vous pouvez croire. »

Et la voilà en France.

A Venise aucun souvenir d'Elle n'est resté, ni de Lui. A peine quelques gondoliers, près de la Corte Minelli, se souviennent-ils d'avoir entendu (( les vieux », parler de la Sardella... pauvre ipiiïûeSardella de France, si menue, si consumée!

Donc, en mars, Musset à peine guéri, faible, défaillant à chaque pas, était revenu en France, accompagné d'un brave homme de perruquier appelé Antonio, à qui George Sand l'avait confié '^

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