‹ François Buloz et ses amisChapitre 191 sur 212 · Inédite · texte numérisé non relu

Inédite

2. Cet Antonio bientôt s'ennuya : on le renvoya à ses Iap:unes — en juillet, je pense — comme en témoigne cette loltie, car le projet de départ pour Aix est de juillet.

A F. Buloz.

Lundi.

Mon ami, si vous ne venez pas à mon secours, je suis fort

« La prcmiôre fois, dit Paul de iMusset, que mon frère voulut nous raconter sa maladie, et les véritables causes de son retour à Paris, je le vis tout à coup changer de visage, et tomber en syn«ope. Il eut une attaque de nerfs effrayante... etc. »; puis, f)etit à petit, il aima sa douleur « avec tout son être et tout son g^énie », son âme de poète glorifia Pagello, dont elle fît « un frère sublime », à qui il avait donné, lui, Musset, sa maîtresse. Loin de l'apaiser, les lettres ardentes de son « Georgeot » attisaient en lui tous les feux d'autrefois.

Enfin, après une séparation de cinq mois, il revit George Sand — et aussi Pagello, — car elle ramenait, hélas! Pagello... et tout recommença. Le docteur d'ailleurs, dépaysé, refroidi, manifestement déplacé, dans un milieu où il se sentait mal à l'aise, le docteur, « frère sublime », ennuya. Quoi de pire pour un amant? On le confia à Boueoiran, qui fut chargé de lui montrer les curiosités de la métropole, et Boueoiran l'amena à la Revuel Je laisse la parole à Pagello :

« Boueoiran portait un gros paquet; il le lui

embarrassé pour renvoyer l'espèce de perruquier que j'ai raiiHMié do Venise, il va partir, et comme je ne vais pas à Aix, il faut que je lui donne de quoi s'en aller. Pouve/-vous me donner 200 flrancs. Répondez-moi un mot, car je suis fort pressé par ce pauvre diable qui a le mal du p.iys, et je ne sais trop à qui m'adresser, si vous ne pouvez me rendre ce service. Tout à vous.

ALFRED DE MUSSET

(Inédite.)

remit (à F. Buloz) : c'était le second volume de Jacques, écrit chez moi, à Venise.

» Elle est donc arrivée? dit Buloz. — Oui, répondit Boucoiran. — Depuis quand? — Depuis deux jours. — Cette diablesse de femme me fait devenir fou; voici un volume que j'attends depuis un mois! Mais on m'a dit qu'elle s'était entortillée dans un nouvel amour, avec un comte italien. » Boucoiran sourit, et moi je rougis. Buloz demeura comme une statue; pendant ce temps-là, je me détournai pour regarder quelques estampes, qui ornaient la pièce, et Boucoiran dit quelques mots à l'oreille de Buloz; après quoi celui-ci, qui m'avait à peine remarqué, prit ses lunettes et, me regardant avec discrétion et courtoisie du seul œil qui lui restait, me fit les plus gj-acieuses questions, les offres les plus courtoises, et finit par me donner une carte avec laquelle je pouvais entrer en qualité de journaliste, dans quelque théâtre, ou spectacle que ce fut. »

Voilà Pagello enchanté, trouvant que cette carte équivaut à une « nomination » de journaliste... Il est si satisfait qu'il prétend même, plus loin, que F. Buloz « lui a offert de travailler à sa Revue »... Et ici, je crois que Pagello exagère...

Donc, pendant que Pagello visite la capitale, G. Sand et Musset se sont revus, quittée, enfin s'enfuient, lui à Bade, amoureux comme un fou, elle à Nohant, amoureuse autant que lui. — A Nohant, Pagello la rejoint, et de Bade, le pauvre

Musset, ballotté par mille sentiments divers, essaie du voya^^e pour se distraire d'une peine qu'il emporte avec lui, — toutefois il en essaie, et si bien, qu'après un séjour à Strasbourg, le voici sans le sou de retour à Bade, le 15 septembre :

« Mon séjour à Strasbourg, mes frais de transport et de voyage depuis que je l'ai quitté, m'ont mis à sec », écrit-il à son ami Buloz. « J'ai agi trop légèrement, et j'en porte la peine. Ma mère est aux eaux de Lucques, en sorte que je me trouve vraiment dans la position la plus pénible, et tout à fait sans ressources, ici où je ne connais personne. » Bref, il demande à F. Buloz de lui faire parvenir 500 francs, par madame Levreault, « Vous avez toujours été si obligeant pour moi, que j'espère que vous m'épargnerez cette triste affaire, dans un pays où je ne connais personne, ce serait à ne savoir que devenir... »

Bien entendu, F. liuloz écrit à madame Levreault. Mais il n'a pu, sans doute, en rassurant Musset, se priver de lui faire quelques remontrances, car Musset riposte :

Vous me dites que je ne travaille pas, je voudrais bien savoir ce que vous en savez. Vous commencez au mois d'octobre à vous plaindre, pour un travail qui ne doit finir qu'au l'^^'" janvier; c'est vous plaindre trop tôt. Attendez, surtout pour déclarer que je ne travaille pas, (|u'il vous soit possible d'en savoir quelque chose. Et souvenez-vous qu'il est beaucoup plus pressant de tirer de l'eau un écolier

qui se noie, que de lui faire tous les sermons de la terre » * 1

Et encore le 3 octobre :

c( Je vous en prie, ne me faites pas de morale. Tout cela est moins plaisant qu'on ne pourrait le croire. »

Tout cela n'était guère plaisant, en effet, car à côté de la plaie d'argent, il y en avait une autre, et qui ne voulait pas guérir.

Pourtant, après les premiers jours de cette séparation de Baden, il ne semble pas que Lélia fût en proie à la crise amoureuse du début. La lettre qu'elle écrit à Boucoiran, le 31 août, fait allusion à l'exécution de « volontés sacrées », et puis : « Faites carder mon matelas. Je ne veux pas être mangée aux vers de mon vivant, etc. ». Au bout de quelques semaines, et pendant que lui écrit ses lettres si ardentes :

Je suis perdu, vois-tu, je suis noyé, inondé d'amour, je ne sais plus si je vis, si je mange, si je marche, si je respire, si je parle, je sais que j'aime...

Elle semble, elle, projeter quelque voyage en Suède, et plaisante agréablement F. Buloz sur un séjour en prison qu'il subissait, comme garde national inexact^!

Mon brave Buloz, on me mande que vous éics en prison. Parbleu, je n'en suis pas fâchée! vous Tavcz

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