Inédile
24 juillet 1835; elle a dû être écrite à Bourges, et mise à la poste à Paris :
Mon cher Reviewer, je ne suis ni assassinée ni enlevée. Je me porte assez mal d'ailleurs, mais moralement, très bien. Je suis enfermée dans une maison déserte, et je travaille énormément. Je n'ai pas été en Bretagne, craignant d'y tomber malade, je ne vous dis pas où je suis, vous êtes trop bavard (pour les petites choses). Dites à ceux qui vous demanderont de mes nouvelles, que je suis en Chine, et qu'ils me laissent en paix... Si vous avez quelque chose à me dire, ou à me demander, Boucoiran nous fera passer les précieux autographes Tun de l'autre...
Il m'est revenu par hasard d'affreux propos contre M... Soyez-moi témoin, qu'aujourd'hui et toujours, non seulement je n'y prends aucune part, mais je les démens de toute ma force. Je sais pertinemment que Planche est la source de toutes les versions qui, selon les gens, et selon les sociétés, se sont répandues dilféremment par le monde*. Gela me blesse et m'afflige profondément. Ne laissera-t-on jamais les gens s'aimer, se quereller, se quitter, ou se raccommoder sans prendre acte de ces puérilités, et sans entasser des matériaux pour leurs biographes? Quelles niaiseries! Tous les hommes et toutes les femmes n'ont-ils pas eu le droit d'être jeunes, malheureux, fous, violents, amoureux, injustes, etc.? Haussez donc les épaules quand on vous parle de tout cela, et quand on va jusqu'à de graves impu-
1, Si cela était, Planche avait tort, mais aussi quel traitement avait subi l'ianehel
talions contre lui ou moi, défendez paternellement, cher Rcviewer, celui des deux qu'on attaque, sans jamais accuser Tautre...
Je vous enverrai bientôt Lavater ^ pour la Revue ^
Le 25 août elle écrit de nouveau :
Illustre ami, je reçois hier vos épreuves... et vous les renvoie pour les fautes de français. Je ne me mêle pas de cela... Êtes-vous à Genève, occupé à faire des élégies sur les bords du lac, ou bien êtesvous incessamment aux pieds de la beauté qui vous enchaîne, poussant des soupirs à faire tourner tous les moulins de Montmartre? C'est peut-être là, la cause des grandes tempêtes que nous avons ici.
Adieu. Salut et fraternité!
Il paraît que le National^ vous a donné un joli coup de patte. C'est bien fait, j'en suis enchantée
Il faut constater ici, à cette date, que l'entourage de la Reine de France eut sur elle une mauvaise influence, concernant ses anciens amis, en l'indisposant souvent contre eux, contre F. Buloz surtout. Après avoir reçu tant et tant de preuves de son dévouement, et de son amitié,
1. A Liszt sur Lavater et une Maison déserte, i" septembre 1835.