‹ François Buloz et ses amisChapitre 43 sur 212 · FELIX BONNAIRE ET JULES SIMON · texte numérisé non relu

FELIX BONNAIRE ET JULES SIMON

Félix Bonnaire fat « l'homme du monde » de l'association; oisif aimable, il recevait les rédacteurs pressés — de se faire imprimer, — allait chez les jeunes leur demander des corrections, ou leur faire part des refus, ce qu'il exécutait de la meilleure grâce du monde. Il fut donc aussi le chasseur, l'agent, le commissionnaire infatigable. c< Buloz, de son œil profond, avait deviné tout de suite le parti qu'il pouvait tirer de cet oisif : il lui donna les courses à faire, et il devint célèbre sous ce titre » : « le juge de paix de la Revue* ».

Les courses à faire, c'est possible, mais ces courses étaient souvent des missions qui nécessitaient tout son tact. Cependant il avait quelquefois, lorsqu'il annonçait à un a jeune » que son manuscrit était à l'impression, un rôle charmant à remplir.

C'est ainsi qu'il se rendit un jour chez Jules Simon. L'histoire a été souvent contée, je donnerai la version de J. Simon, qui me parait être la bonne : c'est aussi celle que j'ai toujours entendu raconter autour de moi.

Jules Simon, à vingt-trois ans, avait fait un article sur l'Ecole d'Alexandrie, qu'il désirait beaucoup présenter à la Revue des Deux Mondes. Voici donc J. Simon, « agrégé volant », en route pour la rue des Beaux-Arts. Il veut à

\. Ad. Racot, le Livre, 5* année, 1884.

toute force voir Buloz, lui parler à lui-même, lui remettre à lui-même son article, mais le pourrat-il?

« On entrait dans une antichambre oiî il 3^ avait deux chaises. Sur l'une de ces chaises était un garçon qui vous mettait à la porte (le terrible mais dévoué Bastien). J'entrai, je saluai; je fus mis à la porte.

» Je retournai plusieurs fois sans plus oser, comme la première fois, franchir le seuil de l'antichambre, et affronter le garçon, de bureau, si bien qu'un beaujour, furieux contre moi-même, et n'espérant plus me vaincre, je fourrai mon manuscrit dans la boîte aux journaux. »

Et puis il détale.

Environ un mois après cette preuve d'énergie, Jules Simon écrivait, dans sa chambre; il était assez mal logé, place de la Sorbonne, dans la maison du a Père Louis Ménard », ancien libraire, au cinquième (loyer : 150 francs par an). Pour cette somme, il avait une chambre carrelée, meublée sommairement d'une table et d'un matelas. Le jeune homme travaillait nuit et jour, entouré de ses documents, qu'il plaçait par terre « en les assujettissant avec des cailloux ». C'est ainsi qu'il préparait sa thèse sur « Le commentaire du Timée de Platon, par Proclus ».

Or, ce jour-là il travaillait « ventre à terre », comme il en avait l'habitude, lorsque, à son grand

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