‹ François Buloz et ses amisChapitre 44 sur 212 · FÉLIX BONNAIRE ET JULES SIMON · texte numérisé non relu

FÉLIX BONNAIRE ET JULES SIMON

étonnement, la porte s'ouvre, un visiteur entre, et regarde autour de lui avec curiosité. J. Simon croit avoir affaire à un monsieur qui se trompe, lorsque le visiteur dit :

— Monsieur Jules Simon?

Il se lève à la hâte :

— C'est moi.

(Que peut lui vouloir ce monsieur?)

— Je suis Bonnaire, le directeur de la Revue de PariSy et je viens de la part de Buloz vous porter les épreuves d'un article sur l'École d'Alexandrie...

« Vous me croirez si vous voulez , écrit J. Simon, je n'étais pas loin d'avoir vingtquatre ans, j'avais été deux ans professeur de philosophie, je possédais la dignité d*agrégé volant, je voyais pour la première fois Bonnaire, qui était directeur de la Revue de Paris et associé de la Revue des Deux M ondes y mais je ne pus m'empêcher de danser une sarabande autour de mes paperasses. »

Cela n'est-il pas charmant?

Lorsqu'il s'aperçoit de son « inconvenance », il fait des excuses à son visiteur, mais il s'aperçoit aussi que ce visiteur riait à cœur joie. Jules Simon ajoute : « Je ne sais vraiment pas si ma première élection m'a fait autant de plaisir que mon premier article. » Il est vrai que je commençais par la Revue des Deux Mondes. Elle avait alors, comme aujourd'hui, le privilège

d'attirer à elle tous nos premiers écrivains, — et ces écrivains étaient, dans ces temps heureux, pour la philosophie Victor Cousin et Joufîroy, pour l'histoire Augustin Thierry et Mignet, pour la critique Sainte-Beuve et Gustave Planche, pour la poésie Lamartine et Alfred de Musset, pour le roman George Sand, Mérimée, Jules Sandeau, etc. * ».

Grands noms célèbres. — A côté d'eux, je Tai noté, d'autres, plus modestes, ont laboweusement contribué à l'œuvre de F. Buloz.

C'est Jules Janin, Fontaney, Loève-Veimars, qui écriront la chronique de la quinzaine sous ce titre significatif : v Les Révolutions de la Quinzaine ». Puis Lerminier, Planche, de Loménie, Charles Labitte, Louandre, Louis Reybaud, Lavollée, tant d'autres, dont le renom n'a pas survécu... mais qui furent les bons ouvriers de la première heure.

Parmi ceux que l'on connaît encore, Gustave Planche fut un des plus goûtés à la Bévue, un des plus redoutés au dehors : ce Gustave Planche, dit A. Racot, ce critique terrible, effroi des artistes, haine féroce de Victor Hugo, déjà demidieu. » Planche a laissé toute une série d'articles de critique très supérieure, écrite de 1831 à 1857. Quelques-uns de ces articles ont été réunis en volume. Qui songe à les relire? Les études sur

\. Jules Simon, Premières années.

George Sand, Benjamin. Constant, Rembrandt peuvent cependant être considérées comme des chefs-d'œuvre.

Le père de Planche était pharmacien, il aurait désiré que son fils lui succédât, mais Planche n'avait pas de goût pour les drogues, il déserta l'officine paternelle, et abandonna l'Ecole de Pharmarcie pour le Musée du Louvre, où il passa ses heures de loisir à étudier les maîtres.

Cette dualité d'origine et de goûts, chez Planche, fît prononcer à Alexis de Saint-Priest un fort joli mot; on lui demandait si Planche était le fils de l'auteur du dictionnaire grec, ou du pharmacien de la rue de la Chaussée-d'Antin, et Saint-Priest répondit : « De tous les deux! »

Gustave Planche débuta tout jeune critique à ÏArtistey dont le rédacteur en chef était Ricourt, et se fit présenter peu de temps après à F. Buloz, par Vigny a-t-on écrit, mais F. Buloz le nia, et dit : c< Un talent comme le sien n'avait nul besoin de patronage ^ » Planche écrivit vingt ans à la Revue, a Ses articles, avoue le méchant Mirecourt, eurent un retentissement prodigieux. »

Cependant, il attaqua le « romantisme k outrance », dont Hugo représentait le drapeau; il trouva fausse la psychologie de la nouvelle école — et il ne paraît pas qu'il ait eu tort? — Il lui reprocha encore de négliger trop souvent la

Page 1