Henri Blaze, Mes souvenirs de la Revue des Deux Mondes
i2 FRANÇOIS BULOZ ET SES AMIS.
le journalisme — excusez cette vanité — je me croyais donc capable d'écrire, mais je me savais incapable de me proposer \ » La Bévue était dési^cnée pour présenter au public ces talents naissants. « Quand on apprit que dans un recoin perdu du faubourg Saint-Germain se formait la ruche aux idées, ce fut partout une envolée soudaine de joyeux et libres talents. Mais personne ne s'inquiéta de savoir si Buloz avait de l'argent, et combien! » Il faut ajouter que « ce monde-là écrivait, chantait, philosophait et dissertait à l'aventure, quelques-uns pour la gloire, le plus grand nombre pour le plaisir- »'.
En résumé, il y eut entre la Revue des débuts, et la génération pensante de 1831 un échange : celle-ci trouva à temps une tribune autorisée qui l'imposa au public; celle-là, en groupant autour d'elle les talents nouveaux, établit son renom, et étendit son influence. En outre, elle fut accueillante avec libéralisme, sans souci d'opinions religieuses ni politiques.
J'ai sous les yeux un des premiers numéros de la Revue des Deux Mondes; c'est un mince cahier de début, sa couverture saumon est ornée d'une vignette étrange, une vignette de Tony Johannot, qui représente le Nouveau Monde, nu comme il sied, et la tète ornée de plumes, offrant au Vieux Monde, plus correct, une branche