PREMIÈRE ENFANCE ASNIÈRES I
Souvenirs huguenots à Asnières-lès-Bourges. — La famille Coillard. — La mère Bonté. — Les colporteurs. — De l’influence du chant. — La veillée. — A Beauregard. — Retour à Asnières. — Ami Bost. — Marie Bost. — Première exécution du Gloria et du Magnificat. — Un arbre de Noël. — Au marché de Bourges. — A douze ans.
Je suis un enfant du Berry1. Je suis né au cœur même de la France, dans un grand village qui n’a jamais été érigé en commune distincte, mais qui fait partie de la banlieue de la ville de Bourges. C’est Asnières. Paysan, fils de paysan, je possède pourtant un de ces titres de noblesse dont je me suis toujours senti fier : je suis issu de la vieille roche huguenote. C’est à Bourges que Calvin a professé le droit. C’est là que son influence s’est d’abord fait sentir, et qu’elle a donné naissance à la petite église où j’ai droit de
i. L’unique document sur l’enfance de François Coillard étant son autobiographie, c’est elle qui remplit presque en entier les trois premiers chapitres. (Ed. F.)
F. COILLARD
F. COILLARD
cité. On montre encore, sur le Moulon, petite rivière qui serpente à travers les ombrages des ormes et des saules, un vieux pont que franchissait souvent le futur réformateur
Pont de Calvin
dans ses promenades à la campagne, ou en allant visiter et instruire les humbles villageois d’Asnières. Pour cette raison sans doute, on lui a donné, parmi la population catholique et bigote, le nom de « Pont-du-Diable » et on l’a entouré de légendes à faire dresser les cheveux sur la tète.