ARRIVEE A GLAY
Elle était au fond d’une petite cour et entourée d’un jardin potager. Je ralentis le pas, mon cœur battait fort. Je ne sais pourquoi, mais j’aurais voulu être bien loin, en Berry, ou pouvoir retourner sur mes pas. Ce n’était pas possible. Donc j’entrai timidement dans la cour (20 septembre 1 85 1 ) 1 . De grands jeunes gens, à droite, qui faisaient bruyamment de la gymnastique, s’arrêtèrent tout court, se turent comme d’un commun accord. Pendant que l’un d’eux courait m’annoncer, ne sachant où mettre les yeux, je les fixai sur la porte d’entrée, et je lus et répétai je ne sais combien de fois cette parole qui y était peinte, dont certainement je ne comprenais guère encore la portée, mais qui me frappa néanmoins : «t L’Eternel y pourvoira ! » Enfin un monsieur parut, âgé, de grande taille, à la figure vénérable sous ses cheveux blancs. Avec un bon sourire, il me demanda mon nom, me tendit la main, me donna un baiser affectueux et m’introduisit dans le vestibule où une dame âgée aussi, petite, au regard pénétrant, me reçut avec non moins de bonté. Elle me conduisit au dortoir où je devais occuper un des lits et me désigna l’armoire dont un des rayons m’était alloué. Au culte de famille, le vénérable
1. On conserve à l’institut de Glay une vieille table sous laquelle Coillard a écrit :