‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 30 sur 138 · CONVERSION ET VOCATION MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

CONVERSION ET VOCATION MISSIONNAIRE

GLAY l85l-l802

Henri Jaquet. — Arrivée à Glay. — La vie à Glay. — Fondation de l’institut. — Mme Jaquet. — Tante Catherine et tante Frêne. — Mort de tante Frêne. — « Es-tu du froment ou de la paille? » — Conversion. — Le réveil dans le pays de Montbéliard. — Les darbystes. — Vocation missionnaire.

Le directeur de l’institut de Glay 1 (Doubs) était, à cette époque, son fondateur, Abraham-Samuel-Henri Jaquet. Né en 1788, à Vevey, il y fit ses premières études. S’étant rendu à Isny (Wurtemberg) pour faire un apprentissage de commerce, il se convertit (1809). D’Isny il vint à Bâle, où il se décida à commencer ses études de théologie. 11 était en pension chez M. Spittler, un des fondateurs de la Société des Missions de Bâle. Sous l’influence de ce zélé serviteur de Dieu, la foi du jeune Jaquet se développa d’une façon remarquable.

En 1 8 1 3 , il fut consacré à Bâle, puis il fut nommé pasteur allemand à Guebwiller. En octobre 1819, il accepta le poste de Glay ; ce ne fut cependant que dix-huit mois après sa nomination

1. Ou peut lire sur l’institut de Glay, à l’époque de la direction de M. et Mme Jaquet, la charmante nouvelle intitulée : Le Vallon de Charmay. Paris, 1884, in-12. L’auteur, qui a gardé l’anonyme, était de la famille de M. Jaquet (M. Dornant), et a pu donner de la vie à Glay (Charmay) le tableau le plus exact.

Un autre membre de la famille, MIle Roman, a bien voulu nous prêter une biographie, restée inédite, de M. Jaquet, grâce à laquelle nous avons pu compléter et rectifier, sur quelques points, les souvenirs de Coillard. (Ed. F.)

F. COILLARD

qu’il alla s’y installer ; le consistoire de Blamont ne voyait pas d’un œil favorable l’arrivée de cet étranger, précédé de la réputation de piétiste. En 1810, il avait épousé Mlle Elise Schneider, née en 1787, élevée chez les Frères Moraves à Montmirail, institutrice à Vevey pendant cinq ans, puis, pendant deux ans, directrice d’un pensionnat à Liestal.

En 1822, M. Jaquet fonda l’institut de Glay.

Glay! C’était en effet ma destination. Ce seul nom de Glay, qui me fait tressaillir maintenant de joie en évoquant tant de si doux souvenirs, me faisait alors palpiter le cœur d’émotion. En passant, pour la première fois, parmi ces ramifications du Jura, dédale de collines boisées et de vallons verdoyants où fourmillent des villages populeux et prospères, à demi cachés sous les vergers, il y avait bien des choses qui étaient de nature à exciter ma curiosité : les maisons massives des paysans accusant un bien-être bien supérieur à tout ce que j’avais vu dans le Berry, les hommes en vestons courts et en pantalons de toile verte, les femmes, non plus en coiffes blanches et en manches courtes, mais avec des manches à gigot et de petits bonnets de soie noire ornés de verroterie de couleur et de larges rubans, noirs aussi, le tout ne garnissant que le sommet de la tête... mais tout cela, je le vis plus tard. Pour le moment, j’étais oppressé, trop préoccupé, trop absorbé par mes propres pensées pour m’occuper de quoi que ce fût. Je traversai toute une chaîne à peine interrompue de villages : Audincourt, Seloncourt, Hérimoncourt, Meslières. Enfin Glay parut à mes yeux, un petit village qui 11’avait rien du clinquant industriel de ceux que je venais de dépasser. Il était là, posé comme un nid, au fond d’un vallon tranquille et ravissant de fraîcheur. Lorsque je l’eus traversé dans toute sa longueur, on m’indiqua une maison qui ne se distinguait guère des autres que par sa grandeur et quelques dépendances.

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