‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 58 sur 138 · LE JOURNAL INTIME · texte numérisé non relu

LE JOURNAL INTIME

vienne à tomber entre les mains de quelqu’un de mes indiscrets condisciples m’a souvent un peu gêné; mais dorénavant je m’élèverai au-dessus de ces craintes, peu fondées

d’ailleurs, je me découvrirai à mon journal tel que je suis.

« Gréez-vous un ami dans votre chambre, conseille-t-il peu après à un de ses correspondants, c’est-à-dire faitesvous un journal où vous n’écrirez que quand vous en sentirez le besoin. »

Coillard, dans son journal, se montre très sérieux, très sévère

F. COILLARD

pour lui-même, très réservé, peu démonstratif avec les autres, parfois un peu ombrageux et un peu compliqué, passant par des alternances rapides de grandes tristesses et de grandes joies, de désirs ardents de complète consécration et de profonds découragements, attachant à ses manquements et à ses fautes, comme quelquefois aux torts des autres, une importance qui avait quelque chose de morbide.

Il y avait là un manque d’équilibre dont il souffrit beaucoup. Il lutta constamment pour retrouver cette stabilité, et il ne la retrouva tout à fait qu’une fois marié.

11 ne faut toutefois rien exagérer; dans son autobiographie, Coillard dit : « Je jouis immensément du temps que je passai à Batignolles. » Et le 26 janvier 1 854 ? il écrit à ses amis du Magny :

«: A en juger par mes premières lettres, vous avez pu voir que la vie de Paris ne m’allait guère. En effet, les premières semaines de mon séjour en cette ville, j’ai passé quelques mauvaises heures. J’ai dû, tout naturellement, éprouver l’effet que subit une plante qu’on change de climat, mais maintenant tout va assez bien. Je suis heureux sous la bonne direction chrétienne de M. Boissonnas; j’ai en lui plus qu’un maître, qu’un directeur. Sans doute je ne suis plus comme autrefois chez M. Jeanmaire; je suis dans une pension, pension chrétienne si vous le voulez, mais également pension. »

Quant à ses études, bien vite il se remit au pas :

« Six mois de latin, trois de grec, écrit-il le 21 février, m’ont suffi pour suivre les deux condisciples de ma division, jeunes gens de quinze ans, tous deux très forts comparés à moi, dont l’un a suivi je ne sais combien de temps le collège et l’autre a commencé l’étude des langues deux ans avant d’entrer ici. Oui, je dois beaucoup à M. Jeanmaire. »

[. Autobiographie .) — Quelques-uns d’entre nous s’occu-

l’uNION chrétienne

paient d’écoles du dimanche sous la direction de M. Monlandon et plusieurs étaient membres de l’Union chrétienne des jeunes gens1, une institution de date récente (fondée en i852) et où brillaient alors deux étudiants en médecine qui sont devenus les docteurs Morin et Gibert. Il régnait alors aux réunions de l’Union une grande intimité; quelque chose comme un puissant lien de famille nous unissait les uns aux autres et tous nous étions animés par un esprit irrésistible de propagande. A nos réunions, chacun rendait compte de ce qu’il avait fait.

Il y avait de la vie dans ces réunions, c’était pour nous un rafraîchissement et une bénédiction que d’y assister. Depuis lors, l’Union chrétienne des jeunes gens s’est immensément développée et ramifiée. Peut-être a-t-elle subi des transformations qui lui font gagner plus en étendue qu’en profondeur — je ne sais — mais elle a toujours eu mon respect et mon affection.

Tous les jeudis, j’assistais chez Mme André à une réunion d’enfants présidée par J.-P. Cook2. Et puis, je visitais souvent cette famille qui avait voulu me protéger et qui s’intéressa toujours à moi. Un jour je me fis annoncer à la vieille M“ André mère, Mme André-Rivet3; sa porte m’était toujours ouverte. Il s’y trouvait Mlle Bost et deux demoiselles Mackintosh, ses amies, des habituées de cet intérieur. A l’ouïe de mon nom, comme je l’appris plus tard, Mlle Bost s’écria : « Coillard!... Regardez-le bien, dit-elle à ses amies,

1. Sur la liste des membres de l’Union chrétienne de Paris, Coillard est inscrit ainsi : a N° 48- 3 janvier i854- Coillard François, élève missionnaire. France. » (Ed. F.)

2. Cook (Jean-Paul), pasteur méthodiste français, né en 1828, est surtout connu par la part qu’il a prise à l’œuvre des écoles du dimanche. En i852, il fonda l’Union chrétienne de jeunes gens de Paris. En 1 853, il commença la publication des Archives du méthodisme. (Ed. F’.)

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