EN CONFERENCE
Il y rencontra aussi un collaborateur, un jeune Neuchâtelois : M. D. Jeanmairet ; celui-ci, après avoir fait ses études à Neuchâtel, était venu les poursuivre à Paris, à la Maison des Missions ; là, il avait rencontré Coillard; il lui dit son désir de s’associer à lui pour fonder la mission du Zambèze ; le Comité ratifia ce désir. M. Jeanmairet partit avec M. et Mme Boegner.
Le 8 mars après-midi, la question du Zambèze fut soumise à la Conférence. Le soir même, Coillard écrit à sa femme :
cc J’ai ouvert la discussion par un plaidoyer franc et énergique et un exposé de la question. J’avais certainement l’attention de la Conférence et je sentais bien un certain courant. J’ai parlé une bonne demi-heure sans interruption. M. Boegner ensuite a pris la parole et, dans un discours chaleureux et admirable, il a exposé les vues du Comité et donné la note qui vibre dans les églises de France. Il a été vraiment touchant et éloquent, et l’impression a été grande. On a senti le besoin de suspendre la séance, pendant cinq minutes, pour donner aux frères le temps de se recueillir et de répondre. Et ils l’ont fait avec sérieux, avec franchise, mais sans amertume. Mabille, Ellenberger ont parlé fortement pour. D’autres ont un peu essayé de passer l’éponge sur la question. Mais d’autres aussi ont parlé plus franchement, ont confessé qu’il y avait eu refroidissement et revirement dans leurs opinions et dans celles de la Conférence. Ils ont attribué cela à diverses causes ; tout ce froid a commencé lorsque nous sommes allés de Mangouato (Chochong) au Zambèze. Mais tous ont ajouté qu’il fallait aller de l’avant et que nous avions leur plus cordiale sympathie. J’ai dû relever bien des choses, répondre à d’autres. Mais tout s’est fait dans un excellent esprit et avec un sérieux, un décorum qui nous ont tous frappés. « Comment, s’écriait Germon d, voilà un frère qui se donne et nous hésiterions à
F. COILLARD — MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
lui dire que nous sommes avec lui? Mais il faudrait n’avoir pas de cœur ! »
« Somme toute, la séance a été une séance solennelle comme je n’en ai jamais vu et dont on se souviendra longtemps. Aujourd’hui je crois que nous avons conquis toutes les sympathies. »
Après avoir cru ne passer que six mois à Léribé, Coillard se vit obligé de renvoyer son départ au mois d’avril 1 883, puis à octobre, à novembre et enfin à décembre :
<t C’est un grand désappointement pour nous. »
« Quand on touche à la cinquantaine 1 et qu’il s’agit de fonder une mission, on sent qu’on n’a pas de temps à perdre et qu’il faut travailler pendant qu’il fait jour, car la nuit vient. Oui! elle vient à grands pas. Oh! si nous étions toujours plus pénétrés de cette pensée solennelle, comme nous travaillerions différemment, du moins moi! »
Il y avait à ces délais deux raisons principales : d’abord les circonstances politiques :
«. La crise par laquelle passent2 le pays et notre œuvre est trop grave pour que je puisse quitter ma station et la laisser inoccupée. Notre district surtout est un foyer de troubles, de dissensions, d’alertes incessantes. Mon influence sur les fils de Molapo est peu de chose sans doute; cependant, si peu qu’elle soit, c’est un devoir bien clair pour moi que celui de la laisser au service de la paix. »
1. Lettres à MM. Louis SautteretE. Lacheret, Léribé, 2 et 5 avril 1 883 .