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Lettre à M. Ch. Schroeder, Scfoula, i3 février

F. COILLARD

MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

caverne d’Adullam, les cités de refuge, que de souvenirs pathétiques ! Notre Dieu est un meilleur refuge que tout cela. Quel contraste entre toutes ces commotions, les tremblements de terre, l’agitation des peuples, toutes les catastrophes imaginables dans les cieux, sur la terre et sur la mer, et le ruisseau qui coule paisible et limpide du Trône de la grâce et arrose la ville de Dieu !

Pourquoi n’ai-je donc pas plus de paix et de joie? Pourquoi toutes ces nuits sans sommeil, ces soucis rongeurs, ces douleurs au cœur si vives et si profondes? Pourquoi tant de larmes? Ah non! Jamais encore je n’avais vraiment su ce que c’est que de semer avec larmes. Pour le grand nombre des enfants de Dieu, c’est une métaphore. Ce n’en fut pas une pour ma bien-aimée, ce n’en est pas une pour moi.

Le vendredi 19 février 1892, Goillard partit avec son évangéliste Paul 1 pour Léalouyi; il s’agissait de prendre, avec le roi, les derniers arrangements pour l’installation de la mission à la capitale ; mais, au premier entretien (20 février), Léwanika, toujours sous l’empire d’un mauvais conseiller, s’emporta contre le missionnaire méthodiste M. Buckenham, qui venait lui demander un champ de mission, et contre Coillard ; il blasphéma, puis se leva et partit :

L’orage avait duré plus de deux heures. Il est évident que cette scène, une fois connue, suffisait pour nous rendre, ici, la vie impossible. Une s’agissait plus seulement de la mission Buckenham, mais de la nôtre. Et si le roi s’opposait à mon installation à Léalouyi, comment pourrais-je rester à

1. Paul Kanédi, évangéliste mossouto, arrivé àSétoula en décembre. « Il fait partie de ma famille, écrit Coillard (3o janvier 1892, Sur le Haut-Zambèze , p. 399). Il a peu d’instruction et, pour l’école, il nous est presque inutile. Mais j’apprends tous 1rs jours plus à l’aimer et à l’estimer comme homme et •comme chrétien.»

VISITE A LÉWANIKA 26 I

Séfoula. Un gros nuage et une grande obscurité s’étaient soudainement abattus sur moi.

Le lendemain, dimanche, Léwanika s’invite à dîner chez Coillard, comme s’il ne s’était rien passé entre eux, puis, remarquant la tristesse du missionnaire :

— Mon père, es-tu malade?

— Oui, je suis souffrant, mais c’est peu de chose.

— Paul dit que je t’ai tué hier.

— Il dit vrai, Paul ; tu m’as tué et tué à la manière des Barotsis, par surprise.

— Oh! reprit-il, il ne faut pas t’y arrêter, j’avais le cœur mal en place.

Soudain, un terrifiant coup de tonnerre éclate, je croyais que la foudre avait frappé la maison, nous nous étions tous involontairement courbés, comme pour parer le coup. Puis un second coup tout aussi terrible retentit, suivi d’une pluie torrentielle. Nous nous communiquions nos impressions, je lui parlais de Néron, et le pauvre Léwanika était suspendu à mes lèvres, quand la porte de roseaux s’ouvrit brusquement,, et voilà Litia, Ngambéla, puis un chef après l’autre, qui se précipitent dans la hutte. « Les voilà les miens! » s’écria le roi. Et comme la hutte se remplissait, acculés que nous étions tout au fond, j’étais saisi d’étonnement et je me demandais ce que cela voulait dire. Quand tout le monde se fut assis et que le silence se fut un peu rétabli, le roi m’expliqua que c’est la coutume des Barotsis, lorsqu’un orage éclate,, que tous les chefs qui sont à la capitale, toute la parenté du roi, accourent chez celui-ci, dans la pièce même qu’il occupe, afin que si la foudre le tue, ils meurent tous avec lui.

Dans nos campagnes de France, il y a quelque chose

F. COILLARD

MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

d’analogue. Quand j’élais encore tout jeune 1 et seul avec ma mère, et qu’un orage éclatait, elle allumait la chandelle, tous les voisins, catholiques et protestants, accouraient et ma mère me disait : « Mon petit, prends la grosse Bible, lisnous un psaume et une prière. » Et il fallait voir le recueillement de ces bonnes gens. L’orage passé, chacun s’en allait chez soi, en disant merci à la mère Bonté et à son petit.

L’invasion de cette masse d’hommes fut pour moi un éclair. Ils n’étaient pas venus aux services, Dieu les amenait. Sans perdre de temps, nous entonnâmes des cantiques au choix de Léwanika et de nos habitués. La lecture de quelques versets, quelques paroles brèves, mais incisives, une prière, et mon auditoire se retira tout ébahi et claquant de la langue.

Le mardi, une grande assemblée des chefs eut lieu qui se montra, comme le roi, favorable à l’établissement de Coillard à Léalouyi. Celui-ci rentrant à Séfoula, écrivait à un ami 2 :

« Je vais aller m’établir à Léalouyi et y fonder une nouvelle station. La perspective n’est pas très riante. J’y vivrai en dehors du village, sur un petit monticule tout entouré d’eau, mais j’aurai la satisfaction d’y faire mon devoir. »

Séfoula, 5 mars i8g2. — La foi est un combat. C’est ce que nous disions à notre dernière réunion de prière : Elie sur le Carmel luttant et envoyant voir, par six fois, s’il n’y avait pas apparence d’un exaucement, et seulement à la septième fois, voilà le petit nuage gros comme la paume de la main! Un combat, oui! mais dont l’issue n’est pas douteuse, la victoire est assurée.

1. Ëd. Favre, François Coillard, enfance et jeunesse, p. 41 5 — Sur le Haut-Zambèze, p. 4o2-4o3.

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