TERRIBLE VOYAGE
ble. Mais qui se lasserait de le répéter? Le Seigneur est bon et fidèle. Comme sa présence illumine les ténèbres, et comme sa communion fortifie ! Que de leçons il nous enseigne dans les difficultés et que de bénédictions il nous fait trouver dans les épreuves ! C’est alors que nous apprenons « les chants de la nuit ». Ne croyez-vous pas que ce soit un ange qui veille à notre chevet et qui, durant notre sommeil agité et entrecoupé, vient murmurer à notre oreille un message d’En-Haut, une promesse, une prière et une louange : cc Ma grâce te suffit. » — « Ne vous inquiétez de rien, car il prend soin de vous. » — « Invoque-rnoi au jour de ta détresse, je t’en délivrerai et tu me glorifieras, » etc. Qu’ils sont doux ces chants de la nuit! Pour qui les apprend à l’école du Seigneur, les circonstances extérieures sont singulièrement transformées et sanctifiées, et même le désert, sa solitude, et ses impraticables bourbiers, deviennent autant de Béthels. Je bénis Dieu de m’avoir fait passer par là.
« De Pandamatenga à Boulawayo, le voyage a été beaucoup moins difficile. Les pluies ont complètement cessé, les marécages se sont desséchés, les étangs avaient de l’eau et la route était bonne. Durant ces 3oo milles, nous n’avons pas rencontré âme qui vive, si ce n’est quelques Bushmen qui errent dans ces bois. Quel est l’avenir de ce pays? Sera-t-il jamais habité, colonisé?
(( A présent, ces immensités, où règne un silence de mort que les cahotements de nos voitures et les claquements de nos fouets seuls interrompent, ont un je ne sais quoi d’indéfinissable qui vous saisit. On s’y sent petit, impuissant, perdu !
cc C’est le i5 février que nous arrivâmes enfin à Boulawayo. Je n’aurais pas pu aller plus loin; j’étais à bout de forces. Le lendemain, j’étais admis à l’hôpital. C’est ici, qu’il y a dix-huit ans, Lobengoula nous avait retenus prisonniers. »
346 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
Après avoir séjourné quelque temps à Boulawayo, Coillard en partait, pour arriver à Palapchoué le 6 mars.
« Le voyage de Boulawayo ici a été des plus pénibles1, le wagon me tue. J’ai dû louer une wagonnette à ressorts. »
Nous avons eu le bonheur d’arriver et de vendre tous nos bœufs, quelques jours avant que la peste bovine éclatât.
Nous n’avons qu’à bénir Dieu et à adorer ses voies 2. Quinze jours de plus de délai en voyage, et nous nous trouvions^ avant d’atteindre Boulawayo, en pleine peste bovine et en pleine guerre3 — arrêtés n’importe où, dans l’impossibilité d’avancer — à la merci de ces farouches Matébélés pour qui le brigandage et le massacre sont des parties de plaisir.
Coillard partait de Palapchoué, le mercredi 18 mars 1896.
2 4 mars i8g6. — Nous sommes à Sélényé, deux étangs à la frontière du pays de Khama et de celui de Séchélé. Je souffre horriblement et je soupire après le moment où j’en aurai fini avec le wagon.
Coillard arriva le 27 mars à Gaberone et en repartit le 6 avril; il rencontra Louis Jalla qui Pavait devancé et qui, inquiet, revenait à sa recherche.
Le 7 avril il atteignait, à Maféking, la voie ferrée ; il prenait le train le 10 avril, pour arriver le 1 1 à Kimberley. Là, M. et Mme Jalla le quittaient et partaient pour le Cap et l’Europe, tandis que le jeudi 16, Coillard entrait à l’hôpital où il subissait une très grave opération.
Le mardi 28 avril, Goillard quitta l’hôpital; il dut renoncer,
1. Lettre à Alfred Boegner, Palapchoué, i4 mars 1896, impr. dans J. M. E., 1896, p. 220 et suiv.