‹ François CoillardChapitre 154 sur 282 · DE BOULAWAYO AU CAP · texte numérisé non relu

DE BOULAWAYO AU CAP

étant trop faible, à aller au Lessouto. Après avoir passé des jours bienfaisants à Wellington et à Stellenbosch dans les familles d’Andrew Murray et du révérend Neethling, puis au Cap chez M. et Mme Cartwright, il s’embarqua le jeudi 21 mai pour l’Europe.

D’avance, il avait retenu sa place sur le Warwick Castle , un vapeur irrégulier qui amenait des troupes.

Quand mon ami M. Cartwright, raconte Coillard1, découvrit que je devais occuper une cabine de deuxième classe avec cinq autres passagers, il fit tout ce qu’il put pour m’empêcher de m’embarquer sur ce vieux navire, et pour me persuader d’attendre une semaine de plus. Malgré mes protestations, un jour qu’il passait devant le bureau, il entra et demanda qu’on transférât ma place sur le Drummoncl Castle, un splendide bâtiment. « Bien fâché, lui répondit-on, mais toutes les places sont prises, il n’en reste pas une seule. »

Nous n’étions débarqués en Angleterre que depuis peu de jours, quand arriva l’atterrante nouvelle du naufrage du Drummond. Il avait sombré en quelques minutes au milieu de la nuit sur les récifs d’Ouessant, avec tous les passagers et tout l’équipage. Trois vies sauvées seulement!

Comment 11e pas me recueillir et ne pas chercher à comprendre la voix de mon Dieu? Après quarante ans d’une carrière si accidentée, si pleine d’aventures, d’épreuves et de dangers, mais aussi de délivrances et de bénédictions, ramené si récemment encore du bord de la tombe, échappé aux malheurs de la peste bovine et au massacre des Matébélés, arraché pour ainsi dire au naufrage, et rendu, comme par miracle à la santé que je n’espérais plus, je me demande si ce n’est pas que mon Maître ait encore pour moi quelque chose à faire, soit en Europe, soit en Afrique.

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