JUBILÉ DES ASILES JOHN BOST
cc L’influence de Marie Bosl était immense; l’éternité seule en révélera tous les fruits. J’ai subi, comme tant d’autres, peut-être même plus qu’eux, son ascendant irrésistible. Je lui dois mes premières impressions religieuses et les germes de ma vocation. »
Puis, après avoir parlé de John Bost, de la joie légitime de cette journée :
« Et pourtant, voici une ombre qui passe. J’entends un gémissement sourd qui part du sein des ténèbres et trouble les solitudes zambéziennes. Là, je cherche en vain des enfants délaissés; je cherche des aveugles, des sourds-muets, des idiots, des incurables, des misères enfin à soulager. Hélas ! c’est le paganisme qui s’en charge. Ses remèdes c’est le crime, ses asiles c’est la tombe. Les lieux obscurs de la terre sont remplis des antres de la cruauté !
« Un jour, au cours de mes voyages, pendant qu’on préparait mon frugal repas, j’errais dans la forêt et, absorbé par mes propres pensées, je suivais instinctivement un sentier presque effacé. J’aperçus bientôt, cachée dans les arbres, une hutte délabrée, entourée d’une méchante palissade elle-même en ruine. J’entre dans la cour, c’est la désolation. J’écarte la natte qui fermait la hutte obscure et j’aperçois tout au fond, sur un misérable grabat, une horrible mutilation de forme humaine. C’était une femme, jeune encore, rongée par la lèpre.
cc A ma vue, elle poussa un cri de terreur, puis, rassurée, elle me raconta comment, percluse et abandonnée, elle se traînait, quand elle le pouvait, pour chercher la maigre pitance qu’on lui mettait, à quelque distance, sur le sentier.
« Plus tard, à mon retour dans ce pays, je refis ce douloureux pèlerinage. Hélas 1 l’herbe avait couvert le sentier,
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la hutte avec la palissade était tombée, la lépreuse n’était plus là; la mort l’avait délivrée et les bêtes féroces s’étaient chargées de sa sépulture. Ah ! pardonnez cet accent de tristesse au milieu de nos joies. Mais je souffre; je ne suis plus jeune et je sens mon impuissance.
« Quand aurons-nous au Zambèze, nous aussi, nos John Bosts, nos médecins, nos diaconesses, nos infirmiers et nos asiles ? Gela viendra et d’autres le verront. La charité, sa patrie c’est le ciel, son domaine c’est le monde. »