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Lettre à Alfred Boegner, Edimbourg, 17 décembre

3^4 F. COILLARD — MISSIONNAIRE AU £aMBEZE

censoir, et Jésus disait : « Je vous dis en vérité qu’ils reçoivent leur récompense. »

<( Oh î demandez que Dieu me garde bien bas. Ah ! si je ne me connaissais pas î Mais c’est une grande grâce de Dieu que je trouve dans mes expériences de chaque jour tant de sujets de m’humilier. Dans sa bonté, il me relève et me fait gravir une petite sommité où brille le soleil et j’aspire à chevaucher, moi aussi, sur la hauteur de la vie chrétienne. La monture est bonne, c’est le cavalier qui ne vaut rien et qui ne sait pas garder son équilibre. »

Coillard commence l’année 1898 en Angleterre; il souffre de la gorge.

Largs, i-3 janvier i8g8. — Oh ! comme je sens que ma vie est superficielle. Je parle de prière, de la Bible, de la communion du Sauveur, mais j’en suis encore à I’abc.

A Londres, Coillard fit des démarches au ministère des Affaires étrangères et des Colonies pour les affaires des Barotsis; puis il passa en Hollande, où il resta du i5 janvier au i4 février.

Uirecht, 2 4 janvier i8g8. — L’affaire Dreyfus-Zola passionne tout le monde. Pas de doute, le mouvement antisémitique et anti protestant est si fort qu’on pourrait voir recommencer les persécutions. Pauvre France ! qu’elle est malade ! Que Dieu ait pitié d’elle !

Amsterdam , samedi 2g janvier. — Grande réunion de salon, hier. Oh ! mon Dieu, pardonne-moi. Je 11e fais que du gâchis.

La Haye, mardi /er février. — L’après-midi, de 2 à 5 heures, j’eus un grand nombre de visiteurs, une vraie cure d’âmes. 11 y a des affligés partout et des pauvres parmi les riches.

La Haye, mercredi 2 février. — Grande soirée chez M. le

BAPTEME DE SEMONDJI

comte de Bylandt. Tout autre eût su tirer parti de cette occasion unique. Je ne l’ai pas su. Elle est passée pour toujours. J’étais fatigué. Oh ! que je suis affligé et humilié ! Comment faire l’œuvre de Dieu ? Mon Dieu tiens-moi en contact avec toi !

Le i4 février, il revenait à Paris.

Le 20 février, à la Maison des Missions, devant un auditoire de trois cents personnes, eut lieu le baptême de Sémondji1, qui reçut le nom d’Etienne.

Je m’y suis préparé par une matinée de recueillement et de prière. Ce fut une belle cérémonie. M. Georges Appia dit de ces paroles qui sont comme les rochers de nos montagnes du Lessouto qui roulent avec fracas. Je parlai ensuite : cc Comme les envoyés de Moïse rapportèrent aux Israélites du fruit de Canaan, nous vous rapportons du fruit du Zambèze où les fruits sont, jusqu’à ce jour, rares et peu savoureux. »

Puis Sémondji parla et, quand il s’agenouilla pour recevoir le sceau du baptême, toute l’assemblée se leva spontanément. J’ai eu de violentes émotions et Sémondji aussi. Mais Dieu m’a donné la force de me posséder. Pendant qu’il était à genoux, nous chantâmes en sessouto.

Le 23 février, Coillard donna une conférence à la Société de géographie 2.

Tout le monde en fut content excepté le plus intéressé. Ma conférence ne vaut pas le papier sur lequel on l’imprime, excepté la fin sur la charité, un nouveau point de vue.

1. Coillard avait, en juillet 1896, placé Sémondji et un autre Zambézien, Samata, dans le collège du docteur Guinness, à Cliff, en Angleterre.

2. Voy. les Comptes rendus des séances de la Société de Géographie [de Paris], année 1898, p. 63-67.

F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

Paris y 2 4 février i8g8. — Grande soirée chez Mme Henri Mallet. J’ai fait un fiasco complet et je ne me console pas d’avoir manqué une occasion unique. Dieu me le pardonne !

Déjà au début de l’année, Coillard écrivait à Alfred Boegner1 :

(( Vous croyez donc vraiment que j’ai encore quelque chose à faire en France, moi si pauvre, si vide, si terre à terre ! A cette pensée, une grande tristesse est tombée sur moi et quelque chose comme de l’angoisse m’a saisi. »

Néanmoins, il repartait pour le nord de la France, la Belgique, Test de la France (26 février-8 avril), puis il revenait à Paris, allait à Rouen, à Sedan, à Orléans, séjournait à Paris (23 avril- 4 mai); par Fouest, il poussait au sud jusqu’aux Pyrénées, revenait à Bordeaux, et enfin à Nantes où il prenait part aux fêtes du tricentenaire de la promulgation de l’Edit de Nantes (3o mai- 3 juin). De là, il alla à Laforce où il présida les fêtes du Jubilé cinquantenaire des asiles John Bost.

Dans son discours 2, il évoqua le souvenir d’Ami Bost et de Marie Bost à Asnières-iès-Bourges.

cc J’étais, alors, un peu de la famille, par une sorte d’adoption tacite. Je partageais les leçons et les jeux avec les plus jeunes, sous le patronage des grands.

« Orphelin de 'père dès ma plus tendre enfance, je suçais, à cette souche vigoureuse, la sève qui fait des hommes. C’est là, surtout, que j’ai puisé et que j’ai bu à longs traits cet amour ardent pour les Missions qui, loin de s’évaporer avec l âge, devait au contraire déterminer ma carrière.

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