A M. Ch. Schrœder, 21 avril
?)8o F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
chera beaucoup des sympathies que nous croyions acquises au Zambèze. Ce sera aux amis qui nous resteront de redoubler de zèle. Je suis sans inquiétude et je me réjouis sincèrement de cette extension du royaume de notre divin Maître. Il faut aller de l’avant. Il y a eu déjà un pas fait par notre Société. Le temps n’est pas loin où elle ne pouvait s’occuper que du Lessouto. J’ai remarqué que quand les œuvres sont entreprises dans un esprit d’obéissance, elles se font sans détriment les unes des autres. »
Jamais, dès lors, Coillard ne se départit de cette largeur.
« La mission du Zambèze1, l’œuvre elle-même, ne m’inspire aucun souci. Elle est fondée, elle se développera. Je sais, de plus, que les vrais chrétiens, ceux qui comprennent la Mission, seront toujours avec nous. Mais, nous arrivons à une crise pour la Société des Missions. Nous naviguons au milieu des rapides et parmi les écueils.
« Ma crainte, pour le dire sans métaphore, c’est que la mission du Zambèze échappe à la France, ou que la France lui échappe. C’est là un danger très réel, et plus imminent que je ne l’avais cru d’abord. Il est évident que les églises de France ont un devoir envers Madagascar, mon cœur bat pour Madagascar et je subis l’entraînement général. 11 n’est pas, il ne peut pas être question de rivalité. Madagascar s’impose. Ce serait incompréhensible qu’il en fût autrement. Nous sommes la petite barque que le gros vapeur de Madagascar risque de faire sombrer à son passage. Nous luttons contre un terrible courant. Il devient toujours plus fort. Nous plaidons, nous, pour être tolérés. Personnellement, cela nous est salutaire et nous rejette d’autant plus sur le
i. Lettres à Alfred Boeqner, Paris, ier i897-
janvier et Bordeaux, ier février