‹ François CoillardChapitre 176 sur 282 · MADAGASCAR ET LE ZAMBEZE · texte numérisé non relu

MADAGASCAR ET LE ZAMBEZE

Seigneur lui-même. Mieux vaut cela, peut-être, que trop d’engouement. Nous avons la tête faible. »

Aux missionnaires qui plaidaient exclusivement pour les missions coloniales, Coillard répondait : « La géographie du royaume de Dieu n’est pas celle de la politique des hommes. »

a Les théories qui se font jour, écrit encore Coillard1, nous donnent quelquefois à penser. On a même été jusqu’à prononcer le mot d’abandon. Une mère n’abandonnera jamais le fruit de ses entrailles pour un fils adoptif que les remous de la politique ont inopinément jeté dans ses bras. Vous ne le lui demanderiez jamais.

« En Afrique, nous avons des champs de diamants et des mines d’or ; il s’y trouve des compagnies commerciales françaises qui n’ont jamais songé à abandonner leurs afïàires parce qu’elles ne peuvent se faire qu’à l’ombre du drapeau britannique ou de celui du Transvaal.

« Depuis plus de soixante-quatre ans, nous exploitions les champs de diamants que Dieu nous a fait trouver au Lessouto, et nos mines d’or au Zambèze. Grands et coûteux ont été nos sacrifices d’hommes et de fonds. Mais ces sacrifices ont-ils été perdus? Ces mines ne nous ont-elles rien rendu? Ne vous ont-elles pas enrichis? Sont-elles épuisées? Les travaux que nous avons accomplis ne sont-ils pas considérables? Dites ! n’avons-nous pas créé et sauvé une nation? Comptez-vous pour rien la place d’honneur que Dieu nous a faite à l’avant-garde des missions africaines? pour rien, ces églises que nous avons enfantées, ces liens de parenté qui les unissent à nous, et que, pour rien au monde, elles ne voudraient briser?

i. Aux amis de notre œuvre, 21 juillet 1897, impr. dans J. M. E., 1897. p. 467.

F. COILLARD

MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

« Un jour, le roi Léwanika faisait la distribution d’une foule de femmes et d’enfants, le butin d’une épouvantable razzia. Il s’y trouvait une femme. Elle n’avait plus que deux de ses enfants, l’un à la main et l’autre à la mamelle. « Enlevez-les-lui 1 » cria le roi. Cette femme — ses yeux lançaient des flammes — défiant cette immense assemblée qui l’entourait, et vomissant un torrent de paroles que je ne comprenais pas, étreignit ses deux enfants sur son sein, prête à mourir pour eux et avec eux. On les lui laissa.

« Personne ne se méprendra sur mes sentiments de chrétien, de missionnaire et de Français. Madagascar est pour nous une œuvre de sauvetage, et le devoir est aussi clair qu’impérieux. Mais l’œuvre africaine du Sénégal, du Congo, du Lessouto et du Zambèze, est une œuvre de conquête. Faisons cela, et ne négligeons pas ceci.

« Nous n’avons pas encore fait tout ce que nous pouvons faire. Dieu ne nous demande jamais l’impossible. Et si, après nous avoir conduits en Afrique d’une manière si merveilleuse, il jette Madagascar dans nos bras, c’est pour développer, au sein de nos chères églises, un esprit de sacrifice et un esprit de dévouement, restés jusqu’à présent inconnus. Il veut que, dignes fils de nos pères, nous occupions, dans l’évangélisation du monde, la place glorieuse qu’eux ont occupée sur les galères e* sur les bûchers. »

C’est là une des raisons pour lesquelles Coillard tenait si fort à ce que le protestantisme français fût représenté au Zambèze.

Constamment, cet ardent désir se manifeste dans ses lettres à Alfred Boegner :

(( Quand je plaide pour le Zambèze1 j’ai des raisons pour

i. A Alfred Boegner, Contrexéville i4 septembre 1897 et Zwolle, 6 février 1*898.

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