‹ François CoillardChapitre 185 sur 282 · LETTRE AUX AMIS · texte numérisé non relu

LETTRE AUX AMIS

le mandat qui nous est confié. Chers amis, portez avec nous nos fardeaux et nos responsabilités. Ces responsabilités, c’est votre intérêt, ce sont vos libéralités qui nous les ont accrues.

« Dieu a touché vos cœurs ; vous avez donné joyeusement et libéralement. Demandez, pour nous, la sagesse pour administrer ces ressources. Je tremble à la pensée des dépenses que j’aurai à engager. Mes bien-aimés frères, je vous supplie, par notre Seigneur Jésus-Christ et par l’amour de l’Esprit, de combattre avec moi dans vos prières (Rom. xv, 3o).

« Vous attendez beaucoup de nous. Mais, ne l’oubliez pas, notre œuvre est, pour vous comme pour nous, une œuvre de foi, une œuvre de difficultés, de combats, de défaites aussi, qui conduiront plus tard à la victoire en faisant notre éducation. Soyons fidèles, bâtissons sur le bon fondement, non avec du bois, du chaume, de la paille, mais si possible avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses. Croyons, et nous verrons, nous aussi, la gloire de Dieu. »

Si les deux années que Coillard a passées en Europe ont été laborieuses, elles ont été aussi dangereuses pour lui. Qu’on pense à ces tournées, à l’enthousiasme avec lequel il a été reçu en bien des endroits, aux prévenances dont il a été l’objet dans toutes les classes de la société; qu’on pense, d’autre part, à l’extraction de cet homme, à son enfance, à sa jeunesse durant laquelle l’orgueil fut une tentation, et l’on comprendra que, très particulièrement durant ces deux années, il a couru un grand danger ; il s’en rendait compte et il veillait :

« Le moi est un de ces reptiles qui s’introduit par le plus petit trou, » disait-il. Le moi aurait pu prendre la place de Dieu dans son cœur et sa vie spirituelle en eût été amoindrie.

Dieu veillait aussi, et il a gardé Coillard en l’humiliant, en le remplissant du sentiment douloureux de son incapacité personnelle.

,896 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

Ce sentiment, sincère chez lui, est exprimé, même avec exagération, dans son journal intime : il ne répond pas à la réalité. Tous ceux qui ont rencontré et entendu Coillard, ont été frappés de son esprit d’à-propos, du talent avec lequel il savait s’adapter aux milieux les plus divers.

S’il s’emparait de ses auditeurs, — et dans ce sens, on peut dire qu’il était éloquent, — ce n’était pas par la belle ordonnance de périodes débitées d’une voix bien timbrée et accompagnées d’un geste ample. Sa stature était petite, sa voix peu forte, mais ses auditeurs, comme le disait l’un d’eux, sentaient qu’ils avaient devant eux « un obéissant ». Par un témoignage tout simple, imprégné d’une foi inébranlable et vécue, d’une ardeur conquérante et inlassée et d’un profond amour des âmes, cet « obéissant », hanté de l’idée qu’il ne sait pas parler et qu’il ne dit pas ce qu’il faut, a changé des vies et gagné des cœurs au Maître qu’il voulait servir.

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