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bler la terre. Notre escorte faisait boule de neige. Plus loin, c’est toute une foule qui nous attend en chantant des chants de circonstance, avec les écoles, drapeaux en tête. Asser, l’intrépide pionnier de la mission et mon ancien compagnon de voyage lors de notre première expédition1, lit, au milieu d’un grand silence, un discours auquel il me faut répondre par quelques mots.
Je n’aime pas les démonstrations, je les supporte mal. J’avais cependant assez d’empire sur moi-même. Mais quand nous arrivâmes au presbytère, quand je me rencontrai avec nos deux veuves2, moi veuf aussi, dans la maison de mon ami, maintenant si réellement vide, je ne pus me faire violence plus longtemps et contenir mon émotion. Mn,e Mabille était calme et sereine comme aux jours d’autrefois ; mais, on le voit bien, elle a connu la souffrance.
On avait décoré la station de drapeaux et de devises; mais je n’avais rien vu. L’église fut bientôt comble; le sérieux profond de l’auditoire, les paroles émues, mais sobres, du fils de mon ami et les prières ardentes qui nous transportèrent en présence de Dieu, ramenèrent le calme et la paix dans mon cœur.
Morija , dimanche 2g janvier i8gg. — Il a nécessairement fallu refaire connaissance avec les personnes et les lieux 3.
Les personnes ! On emporte dans l’esprit et dans le cœur leur dernière photographie, et, malgré tout bon sens et toute raison, on reçoit un choc en ne les retrouvant plus comme on les avait laissées : ceux-ci ont grandi, ceux-là ont vieilli, beaucoup ont passé et ne sont plus. Mais, vous aussi, vous avez vieilli et vous passez... On sort d’un rêve en retrouvant