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Lettre à Georges Appia, Léribé, 23 août

F. COILLARD

MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

les mêmes qu’en France, c’est-à-dire des alternatives de découragements et d’encouragements. Les guerres ont démoralisé les Bassoutos, chrétiens comme païens, leurs succès les ont enorgueillis, les préoccupations politiques absorbent encore les esprits et les détournent des intérêts du règne de Dieu. Il ne fallait donc pas attendre, pour notre œuvre du Zambèze, l’enthousiasme d’il y a six ou sept ans. Je ne sais pas même si cela était désirable. Mais, ici et là, nous avons pu constater un sérieux intérêt qu’il s’agira maintenant de raviver et d’entretenir. Nous aurons les deux évangélistes qu’il nous faut, car nos moyens ne nous permettent pas maintenant d’en prendre davantage. Quelquesuns sont sur les rangs, mais tous, un seul excepté, ont des difficultés à vaincre ou des affaires de famille à arranger. Nous 11e savons donc pas encore quels seront ceux qui viendront avec nous. C’est encore un exercice de foi.

« Nous avons remporté de doux souvenirs de nos visites aux familles des missionnaires. On nous a comblés de bontés et d’affection. La plupart de nos frères se sont gênés pour nous fournir les montures1 et nous faciliter le voyage. C’est peut-être M. Hermann Dieterlen que nous avons mis le plus à réquisition et il s’y est prêté de si bonne volonté que j’ai craint d’en avoir un peu abusé.

cc Je 11e puis entrer dans des détails. Je dois pourtant dire qu’une des choses qui nous a fait le plus de bien c’est la part que les écoles du dimanche de Morija et de Mabolèla ont voulu prendre à notre œuvre. L’une et l’autre ont collecté plus de 2 livres sterling chacune, ont acheté des

1. Coillard était un cavalier intrépide; au retour d'une course avec lui, M. Edmond Gautier écrivait : « Nous sommes rentrés hier soir pour souper, revenant au grand galop, malgré les mauvais chemins et la nuit tombante. M. Coillard a l'habitude de taper son cheval aux plus grandes descentes, et nous ne savons jamais, Jeanmairet et moi, si nous reviendrons entiers quand nous montons avec lui. »

TRAVAIL A LERIBE

livres pour le Zambèze et nous les ont présentés d’une manière touchante. Ici, comme ailleurs, ce sont aussi les pauvres qui donnent le plus joyeusement. »

Le départ ne pouvait plus être renvoyé; il fallait fixer une date :

cc Nous avons décidé que nous partirions si possible le 5 décembre1. Et, en regardant le texte du jour, nous avons trouvé ce verset : « Et toute la terre sera remplie de la gloire de Dieu ! »

Jusqu’à son départ, Coillard ne cessa de travailler pour son troupeau. En septembre, il avait passé au Camp deux semaines sous la tente.

« Il y fourmille une population de 4«ooo à 5.ooo âmes2 et cette population augmente tous les jours. C’est un champ d’évangélisation qui présente des avantages sur lesquels il est impossible de s’aveugler. Les quinze jours que j’y ai passés, les réunions que nous y avons eues m’en ont pleinement convaincu. Aussi ai-je décidé d’y construire, sans délai, une maison d’école qui servira de chapelle.

cc Ce temps passé parmi nos pauvres Bassoutos chrétiens et autres m’a fait grand bien à moi-même. Nous avons eu, tous les jours et le dimanche surtout, des réunions intéressantes et bénies. Nous avons eu aussi trois séances de lanterne magique, en plein air bien entendu; l’une a été une des plus belles que j’aie vues. Ma femme, ma nièce et Jeanmairet sont venus passer les dimanches avec nous.

1. Lettre à Alfred Boegner, 28 août i883, impr. dans J. M. E., i883, p. 458.

2. Lettre au même, 26 septembre i883, impr. dans ./. M. E., 1884,

26 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

« A mon retour, que la station m’a paru belle, toute parée de verdure et de (leurs ! Il faudra pourtant bien lui dire adieu dans deux mois! On n’aime pas à y penser. »

Jusqu’à son départ aussi, Goillard eut à lutter contre les difficultés que soulevait en Europe, et même parmi les Bassoutos, l’opposition à son projet. Un malentendu avec le Comité lui fait écrire, le 26 septembre 1 883 , à AJfred Boegner :

« Jamais la mission du Zambèze n’a été aussi gravement compromise. Et pourtant nous allons partir dans deux mois! La Société est responsable de la mission du Zambèze. La mission du Zambèze c’est votre œuvre. Je ne veux pas en dire davantage, j’ai le cœur gros. Je compte qu’à Paris aussi vous rétablirez le courant de sympathie. Je sais que vous aimez l’œuvre du Zambèze et c’est pour cela que je laisse parler mon cœur et que je pense tout haut. Pardonnez-moi si je sens vivement. Il faut pourtant que j’ajoute qu’ici aussi, parmi nos gens, tant chrétiens que païens, une opposition a pris naissance et s’organise qui est peut-être, de toutes, l’épreuve la plus redoutable pour ma pauvre foi. Cela a eu quelque chose à faire avec ma visite au Camp et avec ma résolution d’y fonder une école. 11 me tarde d’être en route. Je suis si fatigué de tant de luttes ! Pourquoi le Maître n’a-t-il pas jeté les yeux sur quelqu’un de mieux qualifié? Oh! qu’il ait encore pitié de moi! »

Le temps passe vite ; les préparatifs s’accélèrent.

« Nous sommes en pleins emballages1. C’est une grande affaire pour nous. Il s’agit de mettre tous nos livres, notre

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