‹ François CoillardChapitre 21 sur 282 · PREPARATIFS DE DEPART · texte numérisé non relu

PREPARATIFS DE DEPART

linge, notre mobilier dans des caisses, de faire un grand triage de ce qui est absolument nécessaire pour l’expédition et l’installation, de ce qu’il faut laisser jusqu’à nouvel ordre, et de ce que nous voudrions pouvoir vendre. Il nous est déjà arrivé plus d’une fois d’emballer une caisse, de la déballer, tout ou partie, pour réemballer ensuite, après avoir réparé une erreur ou un oubli. C’est un temps d’émotion pour nous. C’est déjà le départ. Mon cabinet d’étude est encombré de caisses, de médecines et de livres ; les rayons sont tous vides. Je m’y sens déjà comme un étranger, et certainement, s’il est un coin sur la station qui m’est cher, c’est bien celui-là. Et puis ces caisses que nous emballons, clouons, étiquetons, qui les déballera? et où?

« Mais, si un soldat, à la veille de la bataille, donnait cours à des sentiments de ce genre, il se préparerait mal à la victoire, n’est-ce pas? Nous essayons donc de nous encourager mutuellement et si vous nous voyiez, le soir, dans notre petit salon, chantant des cantiques, à cœur joie, faisant une bonne lecture, ou, à l’occasion, quand le sommeil nous prend, faisant — le dirai-je? — une partie de dominos, — oui, nous sommes coupables de posséder un jeu de dominos — vous ne croiriez pas que nous sommes précisément des chartreux. Nos préparatifs avancent petit à petit. Le 26 novembre, nous aurons nos réunions d’adieux avec les églises représentées par leurs délégués et, le 5 décembre, nous partirons, si le Seigneur n’y met aucun empêchement. Mais où sera M. Weilzecker alors? On soupire après lui comme après la pluie.

« Oh! quelle bénédiction la pluie serait pour nous ces temps-ci! Nous n’en avons pas eu depuis longtemps, l’herbe tendre du printemps est toute desséchée, une grande partie des champs sont incultes. Une foule de médecins indigènes font des médecines et force incantations, comme les pro-

F. COILLARD

MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

phètes de Baal, mais cela n’amène pas d’ondée; au contraire, je crois qu’en dérobant à Dieu la gloire qui lui est due, ils le forcent à châtier la nation. Quand je pense que ces jeunes chefs ont grandi sous l’influence de l’Evangile, qu’ils ont de l’instruction, et que je les vois s’adonner à d’aussi ignobles superstitions, mon cœur se serre. Ce sont bien des aveugles qui conduisent d’autres aveugles. Hélas ! les deux tomberont dans la fosse.

« Nous avons, ces jours-ci, la joie d’avoir la visite de M. Konrou-Kourou; savez-vous qui c’est? C’est le nom sessoutisé de M. Krüger1. Sa visite nous fera du bien. Nous attendons les Mabilie en famille, et puis quelques autres frères ces temps-ci. Ce sont des visites d’adieux qu’on nous fait. On 11e peut pas nous accompagner à la gare ici. Et puis, quand nous quitterons Léribé, nous désirerons être seuls; si seulement nous pouvions nous endormir quelques jours et nous réveiller à Chochong! Mais c’est une coupe qu’il faut boire. Priez pour que notre courage et notre foi 11e défaillent point. Je 11’en dirai pas davantage aujourd’hui. A plus tard les longues lettres. Et puis à Paris on 11e fait pas de longues visites.

« Jamais mon affection pour les gens de Léribé ne s’est réveillée avec tant de vigueur. Et pour eux c’est la même chose, je crois ; cela me fait peur. Je redoute beaucoup les déchirements; direz-vous que c’est de la faiblesse? Qui a jamais pu croire — me connaissant — que je fusse un Hercule ? »

« Yrous pouvez vous figurer Léribé comme une petite

1. F.-H. Krüger, né en 1 85 1 , mort en 1900, se rendit, en 1882, au Lessouto pour fonder et diriger à Morija une école de théologie ; en 1884, la maladie l’obligea à rentrer en France ; en i885, il fut chargé de la majeure partie de l’enseignement théologique à la Maison des Missions.

Page 1