A Mme Victor Gautier, Séfoula, 3o mars
F. COILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
est bon de vous initier aux détails de notre vie, de ses tristesses et de ses angoisses. Elles ont beau passer, elles ne s’oublient pas, elles laissent derrière elles, dans la vie, comme aussi dans la constitution, des traces indélébiles, des plaies au cœur que chaque nouvelle angoisse déchire à nouveau. Que deviendrions-nous si nous étions des orphelins, abandonnés à nous-mêmes, et si nous 11e savions pas puiser, à la source éternelle, de puissantes consolations ? »
Coillard revint à Léalouyi le ier avril.
(( Je suis toujours seul ici depuis novembre x, plus seul que jamais, maintenant que l’inondation a dispersé tout le monde et notre école. Nos évangélistes aussi ont congé, de sorte que je n’ai avec moi que mes garçons et Sémondji. »
4 avril igoi. — Je suis écrasé par le sentiment de ma désespérante misère. Je crois au salut parfait par le sang de Jésus, et je crois à la toute-puissance de la grâce de Dieu. Mais je voudrais faire l’expérience plus complète de la victoire sur le péché. Je la fais bien par moments, mais pas continuellement. Et puis, qu’il m’est difficile de m’abandonner entièrement à Dieu quant à mon avenir ! Et pourtant les promesses de Dieu sont là. Abraham, lui, 11e douta pas (Rom. iv, 20).
« Je suis bien sur que, quand on aura appris en Europe nos nouveaux deuils, écrit Coillard à Georges Appia1 2, s’il est quelqu’un qui ait souffert et pleuré avec moi, prié et intercédé pour moi, c’est bien vous.
« Involontairement, chacun classe ses amis et moi je fais comme tout le monde : il y a, sans parler des indifférents,
1. Lettre ; 1 M. et Mme Burckhardt-Zahn, Léalouyi, 22 avril 1901.