GLORIFIER DIEU
nous oblige à travailler dans l’humiliation, la souffrance et la faiblesse, il sait ce qu’il fait. La grande chose, pour nous, c’est d’être fidèles. »
Et, quelques jours après, Coillard écrivait à M. Alfred Bertrand (3 juin 1901) :
cc Glorifier Dieu, non pas l’homme, c’est là, après tout, le but unique de la vie. Laissons l’homme à sa place, reflétant par son intelligence, moins encore que par la grâce qui fait son œuvre en lui, l’image de son Dieu, mais la reflétant dans l’ombre et souvent dans la poussière. Vous souvenez-vous du procès qu’on fit à mes garçons, une fois, parce qu’en se levant pour chanter dans un chœur, ils avaient frôlé, disaiton, le vêtement du roi. Et ce roi, on l’entoure d’une atmosphère telle que tous font un grand détour quand il faut qu’ils passent là où il se trouve. Oh! si nous savions seulement nous faire petits, si petits que notre ombre ne se projetât jamais sur la personne de notre Roi !
« C’est ce que pensait Jean-Baptiste quand il disait : cc II faut qu’il croisse et que je diminue. » Voilà ce que je me répète chaque jour à moi-même. Je vous en parlais quand nous voyagions et travaillions ensemble. Les paroles louangeuses, dont on est si prodigue en France, me faisaient trembler, et je me souvenais, avec une crainte mêlée de terreur, de la parole terrible que le Sauveur avait dite des pharisiens que les hommes encensaient : « Je vous dis, en vérité, qu’ils reçoivent leur récompense. »
Coillard partit, le 25 juin, pour Séchéké, où devait se réunir la Conférence.
Séchéh'éy ij juillet iqoi. — Encore un anniversaire ! Je suis confondu de penser que Dieu a bien voulu m’employer
F. COILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
pour préparer le chemin du Seigneur. Ah ! pauvre cantonnier que je suis! Que je suis indigne de cet honneur! D’autres font partie de son cortège triomphal. Et quand il passera, daignera-t-il permettre au cantonnier, dans ses habits de travail encore tout éclaboussés de la boue qu’il balaie, de suivre son cortège ? Merci, mon bon Maître, grâces te soient rendues, car tu m’as vêtu devant ton Père de ta propre robe de justice et de sainteté, et, lors même que c’est à peine si j’oserais te suivre de loin, tu me permets de faire partie de ton cortège. Désormais, le cantonnier est en habits de fête. Couvert de ton manteau et couronné d’allégresse, plein de ta force, mon bon Maître, je reprends courage et je te suis. Je suis à toi, Seigneur, fais de moi encore, comme par le passé, ce qu’il te semblera bon. Donne-moi toujours plus la joyeuse lidélité de te servir sur cette terre, où tu veux, comme tu veux, aussi longtemps que tu veux, jusqu’à ce qu’il te plaise de m’introduire en ta présence.
Un mois plus tard, Coillard écrivait à Alfred Boegner 1 :
« Ah! cher ami! que de nuages dans votre ciel aussi!... cc Vous avez reçu la grâce, disait Paul aux Philippiens, non seulement de croire en Lui, mais aussi de souffrir pour Lui ! )> Une grâce ! et quelle grâce que celle qui nous associe si intimement à l’Homme de douleur! Oh! le connaître!... Connaître toujours plus, toujours mieux la puissance de sa résurrection et la communion de ses souffrances et devenir conformes à lui dans sa mort !
cc On m’écrit que nos journaux religieux et bon nombre d’amis, troublés par nos deuils, critiquent et discutent la mission du Zambèze. Cela ne m’étonne ni ne m’émeut. Le
i. Scchéké, 24 août 1901, impr. dans J. M. E., 1901, 2e sem., p. 420 et suiv.