‹ François CoillardChapitre 59 sur 282 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE SÉCHÉKÉ A SÉFOULA i 885- i 886

Arrêtés à Séchéké. — Le bourbier du désespoir. — Troubles politiques. — Message de Léwanika. — Départ pour la Vallée. — Voyage sur le fleuve. — Nalolo. — Mokouaé. — - Prédication à Léalouyi. — Entretiens avec le roi. — Retour à Séchéké. — Le courrier. — Jour de naissance. — Ngouana-Ngombé. — Départ pour la Vallée. — Voyage difficile. — Arrivée à Séfoula. — Constructions. — Retour à Séchéké. — Un voyage de noces d’argent. — « Vous sommes à Séfoula. »

Séchéké n’était pour M. et MraeCuillard qu’une étape : il s’agissait de remonter jusqu’à Séfoula. Toutes sortes d’obstacles surgirent.

Les troubles continuaient à la Vallée : Akoufouna avait été détrôné par Robosi-Léwanika. Les chefs de Séchéké et leurs gens, surexcités par la guerre civile et divisés, mirent à une rude épreuve la patience des missionnaires qu’ils exploitaient et qu’ils menaçaient parfois. A plusieurs reprises, la présence seule de ceux-ci les empêcha d’en venir aux mains.

Il n’était plus question de la promesse faite à Coillard de canots pour l’amener à la Vallée. Enfin, la saison était trop avancée, les pluies étaient venues plus tôt et plus fortes que Tannée précédente. Aussi Goillard dut-il se résoudre à faire un nouveau stage à Séchéké et à y exercer le ministère de l’attente.

Séchéké, 6 octobre i885. — C’est une vie assez agitée que nous menons ces jours-ci. Je m’en sens triste. C’est à peine si je puis trouver un moment pour m’esquiver et

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chercher un peu de solitude. Ghristina est sur les dents. Nous sommes l’un et l’autre exposés aux regards scrutateurs de ces Zambéziens. Rien ne leur échappe, ils n’épargnent pas les remarques. Oh! que Dieu me donne de la patience et de la grâce!

8 octobre . — Jamais, je crois, nous n’avons senti, comme depuis que nous avons traversé le fleuve, la réalité de la présence du tentateur. Après nous avoir entravés de toutes manières dans nos plans, il s’est attaqué à nos personnes. C’est d’abord la calomnie qui s’est acharnée sur nous, puis ce sont les scènes insultantes que nous font les gens à propos de tout et de rien. Comme nous sentons le besoin de vivre près de Dieu dans une communion constante et sans nuage !

ii octobre. — Dieu est bon : ce qu’on perd pour lui, il le rend avec intérêts. Après la guerre de 1866, nous avons perdu tout le bétail que nous avions. Il nous a donné ensuite ce dont nous avions besoin, rien de plus. Dans la dernière guerre des Bassoulos, on nous a pris tout ce que nous possédions et je n’ai pas pu obtenir un centime de compensation de la part du gouvernement. Cela nous a mis à l’étroit. Aujourd’hui, nous avons des vaches et des génisses plus que nous n’en désirons. Au lieu de dix que j’ai achetées, j’aurais pu en avoir cent et plus au prix coûtant de 20 à 20 schellings. C’est une grande bénédiction que l’abondance de lait dans un ménage.

17 octobre. — L’horizon politique est comme notre ciel, tour à tour baigné de lumière, chargé de nuages et orageux.

22 octobre i885. — J’ai beaucoup de soucis, mais tout est paix et joie dans mon âme. Je jouis de la communion de mon Sauveur. C’est là un refuge, une forteresse; cela aussi me paraît une nouvelle découverte tant les expériences que Dieu me fait faire ont de fraîcheur ! Ce qui

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