VISITE AU ROI
ig mai 1887. — Réussirai-je? hélas! Ce voyage me préoccupe beaucoup.
Il part le 20 mai et, le soir meme de son arrivée, il cause avec le roi jusqu’après onze heures.
Je lui dis que j’étais venu tout exprès pour lui parler de la manie qu’il a de tuer ses gens. Je lui parlai, je crois, avec fidélité et fermeté. Le dimanche (22 mai) bel auditoire matin et soir. J’ai prêché sur : « Tu ne tueras point. » Posant en principe que l’homme est la création et la propriété de Dieu, sa propriété exclusive, et que les rois et les gouverneurs ne sont que des serviteurs, je m’appliquai à montrer l’énormité du crime qu’ils commettent en tuant des hommes à leur gré et en sacrifiant tant de vies humaines. Je parlai aussi simplement et aussi franchement que possible. Tous les yeux étaient braqués sur moi. On aurait entendu voler une mouche. Je n’eus pas de peine à montrer au roi et à ses hommes que non seulement ils détruisaient leur pouvoir et anéantissaient leur prestige, mais qu’ils semaient à pleines mains la ruine de la nation, car, maintenant, l’exemple du roi et de ses officiers allait donner un nouvel élan au boloï\ Je me suis senti soutenu.
En sortant le roi dit à ses ministres : « Les paroles du missionnaire me sont entrées dans le cœur. » Un chef et le Ngambéla vinrent me voir : « Répète donc ces choses au roi ton fils, me dirent-ils, peut-être entendra-t-il? Ne te lasse pas. » Je trouvai dans l’après-midi Léwanika qui s’en entretenait chez lui avec le Ngambéla et Narouboutou1 2. Quel sera
1 . Pratiques de sorcellerie qui donnaient lieu à des accusations sans nombre et aux épreuves les plus cruelles aboutissant à la mort.