UN PREMIER RENFORT
même beaucoup. Nous devrions nous réjouir de l’arrivée aux demeures éternelles de ceux que nous aimons. Nous nous en réjouissons bien, mais en sentant le vide. Mrae André- Walther, est partie. J’ai peine à y croire. Elle est la première personne qui m’ait parlé démon âme, à Foëcy, quand j’avais quinze ans1. Bien que ce ne soit qu’en dernier lieu qu’elle ait accordé ses sympathies à la mission du Zambèze, j’ai toujours eu pour elle une affection filiale.
Ce même courrier apportait la nouvelle du départ d’un premier renfort :
(( Vous dirai-je notre joie, en apprenant le départ pour le Zambèze de M. et Mme Louis Jalla, de MM. Dardier et Goy2. Voyez donc comme Dieu, dans sa bonté, confond la petitesse de notre foi. Nous lui demandions du renfort, mais nous étions loin de l’attendre si grand et si tôt. Du moment que j’apprendrai que nos amis sont réellement arrivés à Kazoungoula ou à Séchéké, je partirai, mais pas avant, car, ici, nous sommes surchargés de travail.
« Les pages de mon journal que je vous ai transcrites sont bien noires, n’est-ce pas? Que diriez- vous de la réalité? J’ai souri un jour en lisant un sermon de Spurgeon : dans un mouvement oratoire, il disait qu’il voudrait fuir ce monde saturé d’Evangile pour défricher un terrain vierge et voir
1. Voy. Ed. Favre, François Coillard, enfance et jeunesse , p. 55-56, Coillard était à Foëcy en 1849.
2. A Alfred Boegner, Séfoula, Ier juin 1887. — M. Louis Jalla, originaire des Vallées vaudoises du Piémont, s’était senti appelé à la Mission lors du passage de Coillard à Nice en janvier 1882. Après avoir renoncé à sa carrière commerciale, il fit des études à Neuchâtel, à la Maison des Missions à Paris, puis en Ecosse et fut consacré à La Tour le 9 septembre 1886. — M. Henri Dardier, Genevois, avait fait des études de médecine à Edimbourg et oartit pour le Zambèze comme docteur. — M. Auguste Goy, de Vevey, s’engagea pour aller faire au Zambèze du jardinage et de l’agriculture.
F. COILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
de pauvres païens accourir et écouter, avec avidité et émotion, la Bonne Nouvelle du salut. Se peut-il donc qu’on entretienne encore des notions pareilles en présence du livre des Actes des Apôtres et de l’histoire des Missions? Où ont-elles pris naissance, dites-moi ? Je connais de jeunes missionnaires qui sont allés chez les sauvages tout imbus de ces idées. Quand ils se sont heurtés à la réalité, le choc a été terrible et la désillusion navrante. Je rends grâce à Dieu de n’avoir jamais eu d’illusions pareilles, j’en avais assez d’autres.
« Je pense que nos Zambéziens ne passent pas pour des sauvages modèles en Europe. Je m’en veux de les faire connaître à nu; mais ne vaut-il pas mieux qu’on les connaisse tels qu’ils sont, qu’on se fasse une idée aussi juste que possible du paganisme avec lequel nous sommes aux prises? Nous ne vous disons pas tout, nous ne le pourrions pas. Il ne faut pas que vous nous croyiez plus d’influence dans ce pays que nous n’en avons en réalité. Il faut du temps pour gagner la confiance des natifs et surtout des Zambéziens.
ce Nous avons passé par des temps difficiles. La santé de ma chère femme m’a d’abord causé de vives inquiétudes. Les fatigues de nos voyages et d’une nouvelle installation, c’était trop pour elle. On n’est pas toujours jeune et le temps doit venir où une énergie naturellement grande, et toujours stimulée par des circonstances qui demandent saus cesse de nouveaux efforts, voit son ressort trop tendu se briser. Dieu a entendu les prières de nos nombreux amis et les miennes. Ma femme s’est remise et a retrouvé une partie de son entrain et de ses forces. C’est pour moi un sujet de vives actions de grâces.
« Nos travaux sont poussés avec vigueur, mais non sans peine. Nous aurons, j’espère, à la fin de la saison, tout un petit groupe de bâtiments, outre notre chaumière. Tout cela