TEMPS DIFFICILES
est construit en roseaux et crépi. C’est du temporaire, en attendant que nous puissions faire des briques et bâtir notre presbytère.
« Nous avons eu la douleur de perdre encore une fois tout notre bétail, tous nos bœufs de trait. De quoi? Voilà la question. Je ne puis vous dire ce que nous avons moralement souffert. Ça nous semble si mystérieux. Nous avions un très grand besoin de nos bœufs pour nos travaux. Le dernier travail qu’ils ont fait, c’est le transport des pieux de notre maison; mais quant à l’herbe, aux roseaux, à la terre même qu’il nous faut chercher assez loin dans la vallée pour badigeonner nos bâtisses, tout doit se faire à bras, ce qui fait filer notre verroterie et notre calicot d’une manière effrayante, et nous entrave beaucoup. »
y juin. — Je me sens parfois saisi d’une profonde tristesse et c’est le cas aujourd’hui. Les travaux nous harassent et nous écrasent. Middleton s’est décidé à nous quitter. Nous n’avons plus aucune prise sur les gens, aucune.
Une petite fleur au milieu des épines : depuis plusieurs jours nous sommes à court de patates. Ce matin, Christina disait : « Je me demande où je pourrais avoir des patates pour le dîner. » A peine avait-elle prononcé le dernier mot, qu’une grosse voix se fît entendre à la porte : « Ma mère, voici des patates que ma femme t’envoie. »
Mercredi 2g juin 188 y. — Temps difficiles avec nos bâtisses 1 Nous sommes décidément trop vieux pour commencer de nouveaux travaux d’installation. Et pourtant Dieu nous aide et nous bénit. Si parmi les ouvriers il en est qui nous donnent du tracas, il en est — et c’est la majorité — qui nous font plaisir.
Léwanika nous a fait une bonne visite. Il est venu samedi dernier avec une suite nombreuse. Il était de bonne
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humeur. Nous eûmes de longues conversations. Un grand sujet le préoccupait : « Si nous embrassons l’Evangile, comment pourrons-nous vivre chacun avec une seule femme et sans esclaves? Nous faudra-t-il libérer tous nos esclaves à la fois? Et dans ce cas qui travaillera pour nous? » Je lui dis que l’Évangile transformait, mais ne bouleversait pas, subitement et de fond en comble, un état social, que, du reste, je connaissais trop peu la question de l’esclavage tel qu’il est ici, pour me prononcer catégoriquement. Gela le satisfit. La visite du roi nous a laissé une très douce impression.
4 juillet. — Ngouana-Ngombé est travaillé dans son âme. Je crois que, longtemps avant qu’il s’en rendît compte, la grâce de Dieu avait commencé son œuvre en lui. Nous l’avons bien remarqué. Aaron disait de lui : « Il se conduit comme un vrai chrétien. » 11 y a quinze jours, il vint un soir dans ma chambre et me demanda, dans les termes mêmes de l’Écriture : « Que dois-je faire? » Je lui ai parlé ce soir, il en est à peu près au même point, mais j’ai pu m’assurer qu’il écoute la prédication avec avidité et je sais qu’il prie. Il ne peut pas être loin du royaume de Dieu. Oh ! quelle joie si ce garçon se convertit !
i3 juillet 1887. — J’ai fait une visite à Léalouyi. Je suis parti samedi dernier (9 juillet) à cheval avec trois garçons. Le roi parut content de me voir.
La soirée du dimanche fut encore un long tête-à-tête avec lui.
— Est-ce que dans votre pays on tue aussi les rois? me demanda-t-il. Et si on ne les tue pas, les chasse-t-on aussi?
— Eh oui. On a tué le tsar de Russie il n’y a pas longtemps.
D’où foule de questions sur la Russie, le pays, la nation, le roi lui-même et les gens qui l’ont assassiné.