‹ François de Bienville [microforme]Chapitre 2 sur 51 · ET IR EEE NS NS · texte numérisé non relu

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put voir alors les forêts tomber sous la hache du bûcheron, des paroïsses surgir sur les bords du Saint-Laurent, aux environs de Québec, des Trois-Rivières et de Montréal, et le pays se développer rapidement par une colonisation intelligente et active.

Non contents de donner un vigoureux élan à l’agriculture et à l’industrie locales, M.

Talon et, après lui, le gouverneur Frontenac lançaient, quelques années plus tard, Jolliet, Marquette et La Salle vers les immenses solitudes de l’Ouest, et ces expéditions allaient, par la découverte du Mississipi, agrandir considérablement le domaine de la France en ajoutant au Canada les riches contrées

de la Louisiane.

Ce développement rapide de la Nouvelle- France ne tarda pas à causer de l’ombrage aux colonies anglaises, ses voisines. Aussi les habitants de la Nouvelle-Angleterre commencèrent-ils à inciter, sourdement d’abord, les Iroquois à déclarer la guerre aux Fran- |

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çais. En 1686, le colonel Dongan, gouverneur de la Nouvelle-York, convoquait à Albany les députés des cinq cantons iroquois, et leur persuadait que les Français avaient l’intention de faire une nouvelle incursion dans leur pays et qu’il fallait prévenir les Canadiens en les attaquant, eux et leurs alliés sauvages. Excités par ces assertions mensongères, les Iroquois reprirent le cours de leurs atrocités. I] fallait au plus tôt mater l’insolence de ces barbares, et M. de Denonville, alors gouverneur du Canada, envahit, en 1687, le territoire iroquois à la tête de huit cents soldats, de mille miliciens et de six cents sauvages.

Après avoir culbuté huit cents Tsonnontouans, l’expédition battit le pays pendant dix jours, brûlant les moissons, les provisions de grain, ainsi que les bourgades principales, et s’en revint victorieuse à Québec, après avoir parcouru quatre cent soixante lieues, à travers forêts, fleuves et rivières, depuis le vingt-quatre mai jusqu’au dix août. Tel fut

l'effet de cette vigoureuse mesure, que, par suite de la famine et de la terreur qui la forcèrent de se disperser, la nation des Tsonnontouans, qui comptait auparavant dix mille âmes et plus de huit cents guerriers, se trouva réduite de moitié.

Cette sévère correction inspira d’abord une crainte salutaire aux Iroquois, qui demandèrent de nouveau la paix. Mais ceci ne faisait pas le compte du colonel Dongan qui, à force d’insinuations et d’instances, engagea derechef ces sauvages à se ruer en masse sur la colonie française.

Pendant les années 1688 et 1689, les Iroquois firent les plus grands ravages dans le gouvernement de Montréal. Au moiïs d’août 1689, après une succession de massacres accomplis dans les environs de cette ville avec une cruauté inouie, une de leurs bandes s’abattait sur Lachine, où elle égorgeait, avec des raffinements de cruauté, deux cents personnes et en emmenait cent vingt en capti-

vité. La terreur que ces bandits inspiraient éta't si grande qu'ils restèrent maîtres de la campagne pendant deux mois.

Dans ces circonstances critiques, M. de Frontenac, qui avait été rappelé en France quelques années auparavant, fut préposé pour la seconde fois au gouvernement du Canada. Ce gouverneur intelligent, hardi, doué d’une volonté de fer, était bien celui qui convenait à la situation. Pour punir d'abord la perfidie de Dongan et intimider

ensuite les Troquois, M. de Frontenac lança,

coup sur coup, contre la Nouvelle-Angleterre trois expéditions, qui détruisirent les bourgs de Schenectady, * de Salmon-Falls et de Casco, massacrèrent une partie des habitants et firent prisonniers ceux qui échappèrent à la première furie de l’attaque. Revanche sévère, cruelle même, mais conséquence inévitable

* Nous avons raconté dans notre premier essai, Charles et Eva, publié dans la Revue canadienne de 1865, l'épisode de l'expédition contre Schenectady.

des massacres que la population de la Nouvelle-Angleterre avait provoqués chez nous l’année précédente.

C’est à la suite de ces événements que les colons anglais se décidèrent à envahir le Canada à la fois par terre et par mer, afin d’en chasser les Français et de s'emparer du

pays.

Le récit de cette expédition fait le sujet

principal de François de Bienville.

Québec, 8 avril 1882,

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