‹ François de Bienville [microforme]Chapitre 3 sur 51 · PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Le récit qui va suivre n’est le fruit ni du caprice, ni du hasard, contrairement au grand nombre de ces œuvres légères dont notre temps est ahuri. Et, comme il n’est guère probable qu’on mette le motif qui me l’a fait écrire au compte de l'intérêt pécuniaire — il est bien établi que les lettres ne sauraient, au Canada, faire vivre, même médiocrement, le plus frugal comme le plus fécond des écrivains — je puis dire avec Montaigne, dès le début: ‘ Cecy, lecteurs, est un livre de bonne foy .”

En voici la raison.

Bercé, dans mon enfance, par les chants

populaires et les légendes avec lesquelles on provoquait mon sommeil, déjà mon imagination s’éveillait au récit de ces histoires de loups-garous et de revenants qui font les délices des vieilles femmes et des enfants.

. Plus tard, bien que très jeune encore, je pus lire quelques romans de sir Walter Scott. Alors, quand le soir je regagnais mon lit, il me semblait entendre, dans le vent de la nuit, le son prolongé des trompettes des hérauts sonnant la fanfare d’un tournoi. Et, lorsque le sommeil venait mettre un terme à ces insomnies, je croyais quelquefois, dans un songe, ouir les pas sonores des chevaux de hardis hommes d’armes ébranlant le pontlevis d’un antique donjon.

Par la suite, on emprisonna mes douze ans et mes rêveries d'enfant dans les sombres murailles du collège. Passer, sans transition, d’uneliberté presque absolue au sévère régime

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PRÉFACE d’une captivité de dix mois, et de promenades forcées à travers les steppes arides de la syntaxe latine, en la maussade compagnie d'une caravane de pensums, c'était très dur.

Mais, comme il n’est pas de désert sans oasis, je trouvai bientôt moyen d’avoir des heures charmantes en l’aimable compagnie des livres que j'aimais tant. Que de fois alors n’ai-je pas, à la barbe du maître d'étude, battu les prairies et les forêts avec Bas-de-Cuir, le héros favori de Cooper, tandis que mes compagnons de misère se piquaient aux chardons du ‘‘jardin des racines grecques ! ” Combien de fois, en classe, n’ai-je pas fait le coup de feu contre les sauvages du Mexique avec le Coureur des bois de Louis de Bellemare, alors que mon maître biffait un onzième solécisme dans mon dernier thème latin, et que mon voisin de droite s’'endormait doucement à la cadence monotone d’une décade rétive aux freins de la mémoire !

Vint un jour enfin, où, lassé par la lecture , 2

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