‹ François de Bienville [microforme]Chapitre 21 sur 51 · DES PE DRE · texte numérisé non relu

DES PE DRE

‘ Mais maintenant qu’un hasard — l’appel- ‘ Jerai-je heureux ?— me rapproche de vous, ‘ maintenant que je ne combats plus parce ‘“ que, peut-être, j'incline à espérer encore, “ je souffre horriblement à la seule pensée ‘“ qu'un autre que moi vous pourra possé- ‘“ der.

‘ Car je sais que vous aimez un jeune Ca- ‘ nadien nommé Bienville. Oh! qu'il est ‘ heureux, celui-là ! et que je l’exècre! ”

—Je te le rends bien, va! interrompit François.

‘ Mais, cet homme vous aïime-t-il autant ‘“ que je sais vous aimer, moi ?... Sa cons- ‘ fance a-t-elle fait ses preuves ainsi que la ‘ mienne? Aurait-elle pu tenir contre un re- ‘€ fus sanglant et près de trois ans de sépara- “tion? A-t-il, comme moi, fait partie d’une ‘expédition lointaine et grosse de périls, ‘ rien que pour apercevoir le toit qui vous ‘ abrite, ou seulement voir un coin du ciel ‘ sous lequel vous vivez ?

‘ Et encore, quelles sollicitations, que d’a- ‘ dresse ne m’a-t-il pas fallu employer pour ‘‘ obtenir d’être envoyé comme parlemen- ‘ taire, afin d’avoir le bonheur de vous en-

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“Voilà comment j'ai su prouver à quel “ point vous méritez d’être aimée.

“ Vous remarquerez peut-être qu'il aurait ‘ été bien plus court de m'adresser ce matin à “votre frère, que la fortune semblait envoyer “à ma rencontre. Hélas! je ne le pouvais “pas. Ma qualité de parlementaire s’oppo- “sait d’abord à ce que je traitasse d’un su- “jet aussi étranger à ma mission. Et d’ail- “leurs, vous l’avouerai-je ? j'avais peur que “ d’un seul mot, tant votre frère était froid à # mon égard, il re détruisît les chères illu- “sions qui seules m'ont fait vivre depuis “ quelque temps.

Maintenant, dites-moi, est-ce ainsi que ce “ Bienville a su vous prouver son amour ?

“Et pourtant, vous l’aimez! tandis que “moi...

“Oh! non, vous ne serez pas à lui! sous “peu de jours, peut-être dans quelques “heures, on donnera le signal de l'assaut.

“ Sans doute que la ville sera emportée…. et “alors.

“Mais que la place soit prise ou non,

Eve D

| ‘n'importe! Je te veux revoir, Marie- [| ‘ Louise, et je te reverrai! Je le jure par | ‘les puissances de l'enfer! Dussé-je, pour | ‘ cela, traverser le fleuve à la nage, passer Ê “ sur le corps sanglant de vos sentinelles, |! ‘et, seul, escalader, l’épée aux dents et l’es- ‘ poir au cœur, l’abrupte rocher qui te pro- ‘ tège ! Oui, j'irai te chercher bientôt, fût- |! “ ce le jour ou la nuit et au péril de mille | ‘ morts. Il te faudra bien me suivre alors, ou sinon, malheur à toil...et sur moi ma- ‘ lédiction !

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