‹ François de Bienville [microforme]Chapitre 35 sur 51 · LE · texte numérisé non relu

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800 FRANÇOIS DE BIENVILLE tenac que je viens de constater la présence de deux ennemis dans la ville; de la sorte, il donnera ses ordres pour prévenir une surprise.

— Rentrons, je t'en supplie! dit à voix basse Marie-Louise à son frère. Peut-être se meurt-il en ce moment! Et c’est pour moi, c’est pour me sauver qu’il est ainsi venu tomber sous leurs coups! Mon Dieu! mon Dieu!

— Voyons, Louise, ne te désespère pas inutilement ainsi. As-tu vu Harthing ou le sauvage frapper ton fiancé?

— Non. Je me suis évanouie comme l’Iroquois garrottait M. de Bienville. Après cela, je n'ai rien vu, rien entendu. Je n’ai repris connaissance que dans la rue et juste assez tôt pour m’échapper d’entre les bras de ce monstre.

— Oh! s'ils ont pris la peine de lier François, tu peux être sûre qu’ils ne l’ont pas tué. Viens, mais tiens-toi près de moi.

Et, suivis des quelques hommes de la patrouille qui se trouvaient encore auprès d’eux, —quatre soldats transportaienten ce moment au prochain corps de garde les deux hommes tués par Harthing,—Louis et sa sœur firent

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les quelques pas Maison, D'Orsy au poing, Quand i] atteignit le seuil de son Ï tion, il ne fut pas pied sur le Corps d’ Sible au bas de la porte.

— Par ma foi! qu'est-ce que c’est que ça ?

— Mon Dieu!

Marie-Louise.

— Eh non! repart Louis ; c’est probablement l’homme qui courait si fort et sur le-

c'est lui! ils l’ont tué! dit

quel un des soldats à tiré.

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obstrue le seuil, se heurte contre le baril de poudre, et, après avoir fait trois pas à tâtons dans la cuisine, met le pied sur un petit corps rond et mou. Il se baisse et rencontre sous sa main la chandelle éteinte et rejetée dans la maison par Dent-de-Loup. L’heureux âge des allumettes phosphoriques n’ayant pas encore lui sur la terre, Louis s’empresse de battre le briquet, allume la bougie, et revient vers la porte.

Il abaisse alors sa lumière et la déposant sur l’un des bouts du baril dont sa préoccupation l’empêche de remarquer d’abord la présence inusitée, il examine la figure de l’homme étendu en travers du seuil; tandis que Louise se penche avec anxiété, sans crainte du cadavre, pour constater si ce n’est point là Bienville.

— Eh! s’écrie d’Orsy, c’est bien l’hôtelier Boïisdon ! Mais quel est donc ce barillet qui sert d'oreiller à l’aubergiste ! Par la corbleu! qu'est ceci? s’écrie-t-il en écartant vivement du baril la chandelle, de la poudre!

Après avoir éteint et arraché la mèche, Boisdon en se débattant avait secoué le baril, de sorte que plusieurs grains de poudre étaient sortis par le trou vide de sa fusée.

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— Or çà! monsieur Harthing, vous en vouliez donc aussi à ma maison, continue d’Orsy qui soupçonne aussitôt la vérité. Prends cette lumière et ‘loigne-toi quelque peu, dit-il à un soldat.

Il saisit le baril, court vers l'endroit désert qui s’étendait alors depuis la rue Buade jusqu’à nos bâtisses actuelles du parlement, et là, dépose tranquillement le redoutable engin; puis il revient sur ses pas.

Louis, précédant ensuite les soldats et quelques curieux attirés par un bruit inusité dans la rue, entre dans la cuisine qu’il traverse, et se dirige vers la seconde chambre.

Quand ils ont pénétré dans la grande salle, la projection de la lumière que tient d’Orsy s'étendant jusqu’au fond de l'appartement, ils aperçoivent une femme et un homme qui, couchés par terre à quelque distance l’un de l'autre, ne donnent aucun signe de vie.

D'Orsy s’avance avec circonspection d’abord, puis se précipite vers l’homme étendu sur le plancher. Celui-ci remue vivement les yeux, mais sans pouvoir articuler un seul mot, vu qu’une poire d’angoisse lui distend violemment les mâchoires et lui obstrue la

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bouche. D'Orsy le débarrasse aussitôt de ce bâillon.

L'autre pousse alors un grand soupir et reprend haleine avec la même volupté qu’un plongeur revenant à la surface de l’eau.

— Ah! dis-moi, Louis, s’écrie Bienville, dois-je en croire mes oreilles ? Il m’a semblé entendre la voix de Marie-Louise. Serait-il donc vrai qu'elle aussi fût sauvée ?

— Tiens, regarde et que tes yeux persuadent tes oreilles.

— François ! s’écrie Mlle d’Orsy, qui n'’écoute que son amour et s’élance vers son fiancé.

— Marie-Louise! Oh! merci, mon Dieu!

dit Bienville, et il fait un effort inutile pour se relever, garrotté qu’il est encore.

Ses liens tombent en un moment sous des mains empressées.

Cependant l’une des personnes présentes laisse échapper un cri d'horreur après s'être approchée de la vieille Marthe. On se retourne, on accourt, et la pauvre femme apparaît affreusement mutilée: l’os de son crâne est nu et sanglant.

Chacun ressent un frisson d’horreur.

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— Mais elle est morte! dit Marie-Louise, qui s’est penchée sur la vieille femme qu’elle regarde avec une douloureuse sympathie.

En effet la pauvre vieille n’avait pu résister au supplice atroce qui l’avait tuée.

Oh! les monstres ! s’écrie la jeune fille en fondant en larmes.

A cette époque, si les serviteurs aimaient leurs maîtres avec dévouement, ces derniers s’attachaient en proportion à leurs vieux domestiques, qu’ils considéraient toujours comme faisant partie de la maison (domus) et non comme des valets.

Les curieux qui remplissaient la chambre s'écartèrent en ce moment avec respect devant un nouveau venu.

— Monseigneur le gouverneur, se disait-on à voix basse.

C'était le comte.

Il s’approcha d’abord de Mlle d’Orsy, devant laquelle il s’inclina en disant :

— Permettez-moi, mademoiselle, de vous féliciter d’avoir échappé presque miraculeusement au péril qui vous a menacée de si près. Si j'avais pu prévoir que vous courriez un tel danger ici, je vous aurais tout/d’abord

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offert l'hospitalité au château. Mais, grâce au ciel, il en est temps encore ; aussi veuillez bien vouloir accepter l'offre de la chambre que j'avais fait meubler pour madame la comtesse, et qui, hélas! n’a jamais été habitée, fit le vieillard avec un long soupir. *

Le comte, qui se vit entouré d’une foule de curieux indiscrets, se tourna vers eux avec hauteur et dit :

-- Nous désirons être seuls.

Ce qui fit disparaître les importuns comme par enchantement.

—— Mais vous, monsieur de Bienville, où étiez-vous donc pendant qu’on enlevait mademoiselle ? demanda le gouverneur au jeune homme.

— Dans une position bien gênante, monsieur le comte.

Et François lui raconta l’inutilité de son intervention et comment elle avait failli lui devenir funeste. Il ajouta qu’au moment où la mèche de la mine allait, mangée par la

* On sait que M": de Frontenac n’aimait pas son mari, qu’elle ne voulut jamais suivre au Canada. La cour offrait en effet plus de jouissance à la coquette que la pauvre colonie.

râce au euillez ambre ime la été hadit. *

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flamme, l’exterminer en

embrasant la poudre, il avait entendu des

cris et un Coup de feu près de la Maison ; et qu’un homme était ven u,

en S’abattant sur le cratère, éteindre la fusée.

— Si je vis encore, dit-il en terminant, après Dieu, c’est à cet homme que je le dois, Aussi...

— Ne t'empresse pas, dit d’Orsy, de vouer une reconnaissance inutile à un individu qui

est, je crois, un peu cause de ta Mésaventure et de celle de ma sœur,

— Que veux-tu dire ?

— Je le SOUpçonne fort d’avoir aidé tomplissement des projets sata Harthing, Un boulet dirigé par Dieu est venu déloger Boisdon du pied de la Muraille près de laquelle il s'était blotti, et du même endroit d’où j'ai vu s’'élancer Marie-Louise et SOn ravisseur.

— Et c’est sur Boisdon qu'a tiré soldats de la patrouille avec 1 reveniez de la basse ville ?

verneur.

à l’acniques de John

l’un des aquelle vous demanda le gou-

— Oui, monsieur le comte, — Cet homme est-il mort ?

— Je ne sais Pas; mais il est facile de's’en

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assurer, vu qu’il est encore dans la pièce voisine où j’ai eu soin de le faire transporter.

Un gémissement prolongé se fit entendre .

de la cuisine.

— Le voilà qui donne signe de vie, dit le comte à voix basse. Il faut essayer de le faire un peu parler. Tandis que je resterai dans l'ombre, interrogez-le, de manière à ce qu'il fasse des aveux. à

Jean Boïsdon gisait près de la porte d’entrée ; une mare de sang fraîchement répandu et qui tachaiït le plancher auprès de son corps, témoignait de la gravité de sa blessure.

À peine Bienville et d’Orsy se furent-ils approchés du blessé, que ce dernier ouvrit des yeux grands de terreur, se souleva sur le coude et les regarda fixement. Se jaïssant ensuite retomber en arrière, tandis que ce mouvement lui arrachaït un cri de douleur, il joignit les mains et s’écria :

— Pardon ! messieurs, pardon ! ne me tuez pas ! ne me dénoncez pas et je vous avoueraï tout !

Louis et François échangèrent un regard.

Boïsdon, qui suivait leurs mouvements, saisit ce geste et redoubla ses supplications.

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e et vous deux :

; je le sais, je Mais Pardonnez-moi, car j'en suis

— Grâce ! Monsieur d

de Bienville ! J’ai de £ ‘jeune demoisel] le confesse.

bien puni !

François, auveur ?

que penses-

Par nos ennemis et toi, n°

échappasses au Châtiment Ecoute, nous

ire aux auavons des preuves assez

Convaincantes de ta culpabilité Pour que ta Mort soit certaine.

— Mes bons Messieurs !.….

— Ecoute-moi donc! Ilne tâcher de mériter notre cl

res. Dis-nous tou l'enlèvement de Mie G

mentir! Tu sais que je

te reste plus qu’à émence par des t ce qui concerne Orsy ; et ne Va pas suis le fiancé et M.

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d'Orsy le frèré de cette demoiselle, et que nous serons inexorables. Dis donc la vérité ; car, pour ma part, je suis homme à te faire rentrer dans la gorge, avec la pointe de cette épée, le premier mensonge que tu voudras nous faire.

— Ah ! je vous dirai tout, s’écrie l’hôtelier.

Sans attendre aucune interrogation, il se mit à raconter la part active qu’il avait prise à l'évasion de Dent-de-Loup, et fit ie récit de ses machinations avec l’Iroquois, puis de sa participation au complot tramé contre la famille d’Orsy. De temps à autre, un gémissement, un cri de douleur causé par sa blessure, entrecoupait sa narration.

Quand il eut fini, d’Orsy lui dit d’une voix brève :

— Et qui nous assure qu’il n’y avait entre Harthing et toi aucune entente pour introduire les Anglais dans la place ?

—Sur ce qu’il y a de plus sacré ! sur mon âme ! sur ma part du paradis! par mon saint patron ! par le Dieu qui m’entend! je vous jure que jamais il ne s’est agi d’une telle chose entre nous!

— Reste à savoir, dit Bienville, si l’on peut

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que se fier à la parole et même au serment d’un vite « homme qui n’a pas hésité à nous sacrifier Fran | pour quelques onces d’or.

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faire | cette — Oh! Je. He enr pas! croyez-moi! re- | adras partit l'hôtelier avec véhémence et de ce ton sincère qui émane de la vérité. Franchement, elier. je ne croyais servir l'Anglais que pour une il se simple amourette, laquelle se serait terminée prise par un bon mariage que vous auriez fini par

cit de R reconnaître. Quant à vendre mon pays, je ne E suis encore, Dieu merci, ni assez lâche, ni

de sa nt À 2 th Fa assez avare.... pour y avoir jamais songé. die | — C’est bien! fit M. de Frontenac en s'ables vançant; nous saurons constater la vérité quand tu seras traduit devant le conseil de e voix guerre.

— Ah! je suis perdu! s’écria Boisdon qui bxtre s’évanouit de nouveau, épuisé qu’il était par tit la violence des sentiments, ainsi que par ses

efforts pour faire parler sa bouche plus haut

r mon que sa douleur.

saint La porte s’ouvrit alors, et Bras-de-Fer entra. e vous — Eh ! demanda d’Orsy à Pierre qui regar-

telle | dait Boisdon avec étonnement, as-tu retrouvé ton homme ? est-il mort ?

— Que je sois brûlé vif si ce n’est pas le

peut à k diable en personne que ce goddam-là.

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