‹ François de Bienville [microforme]Chapitre 42 sur 51 · CHAPITRE XVI LE VŒU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI LE VŒU

Bras-de-Fer entra, portant sous son bras un paquet d'herbes et de plantes que l’automne avait desséchées.

/ Lorsque Pierre avait appris de Bienville rue la blessure de Louis d’Orsy était empoisonnée, et que M. de Sainte-Hélène avait eu la jambe cassée d’une balle tirée par Harthing, il avait immédiatement quitté, sans rien dire, le champ de bataille où l’on com-

battait encore, pour herboriser à travers les

bois.

Les Canadiens avaient regagné la ville quand Bras-de-Fer trouva, malgré l’obscurité

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enville empoivait eu r Haré, sans h comrers les

a ville gcurité

FRANÇOIS DE BIENVILLE 365 naissante, la dernière plante qu’il lui fallait. Alors seulement il revint à la cité.

Quand Pierre arriva à l'Hôte!-Dieu, Bienville venait d’en partir pour se rendre chez Louis d’Orsy. Le Canadien se fit conduire auprès de M. de Sainte-Hélène, qu’il trouva pansé et dans un état très satisfaisant. Brasde-Fer se dirigea tout de suite vers la demeure du jeune baron, où nous venons de le voir entrer.

Pierre alla droit au lit du jeune homme, que les crampes venait de saisir.

Après avoir examiné le blessé:

— Je suis, dit-il, arrivé à temps, Dieu mer- :1. Avez-vous de l’eau chaude sous la main, mademoiselle ?

Marie-Louise et Bienville regardèrent avec étonnement le nouvet&u venu, tandis que le chirurgien le toisait avec dédain des pieds à la tête.

—Vous ne comprenez conc pas? ajouta Bras- de- Fer. Je vous demande de l’eau chaude, afin d’y faire infuser ces herbages pour guérir M. le baron. Le poison des sauvages et moi, voyez-vous, nous nous connaissons depuis longtemps. Quand je chassais

366 FRANÇOIS DE BIENVILLE dans les pays d’en haut, j'ai vu guérir bien des gens avec ces ingrédients que je vous apporte. J’en ai fait l'épreuve sur moi-même,

—Oh ! puisses-tu dire vrai! s’écria Bienville.

—Mon Dieu! c’est vous qui nous l'avez envoyé! dit Marie-Louise en levant au ciel des yeux reconnaissants.

Un sourire incrédule passa sur les lèvres du médecin, dont les idées scientifiques se trouvaient subitement heurtées par les paroles et le ton confiant de l’ignorant Pierre Martel.

—Prétendriez-vous, dit le chirurgien, guérir M. d’Orsy avec vos simples ?

—Je ne voudrais pas en répondre, répliqua Bras-de-Fer, mais j’ai bonne espérance.

—Et vous croyez pouvoir réussir dans un cas où la science est impuissante !

—Le bon Dieu est tout-puissant, lui, monsieur le docteur ; et bien souvent il se sert d’un homme ignorant et simple comme moi pour faire un miracle.

Déjà Marie-Louise mettait à la disposition de Pierre Martel un vase rempli d’eau bouil-

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bien vous ême.

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—Je n'ai plus rien à faire ici du moment qu'on m’y oppose un charlatan! repartit le chirurgien, qui prit son chapeau.

—Monsieur ! lui dit Bienville en l’arrêtant par le bras, vous auriez tort de vous fâcher, Cet homme est un vieux chasseur, qui doit être à même de connaître les antidotes que les sauvages emploient contre les blessures empoisonnées. Vous venez de pays civilisés où la science n’a pas à s'occuper de cas semblables et où l’homme le plus savant dans votre art doit nécessairement ignorer un remède connu en Amérique par le dernier des sauvages.

—Je reviendrai dans une heure, reprit le chirurgien, qui se dirigea vers la porte et sortit.

—À la grâce de Dieu! fit Marie- Louise avec un soupir.

Deux heures plus tard, d’Orsy reposait tranquillement. Les crampes et les tiraillements dans la région de l’épigastre avaient cessé, la transpiration se faisait maintenant abondante là où la peau était sèche et brûlante une heure auparavant. De pénible qu'elle était d’abord, la respiration était devenue

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facile. Enfin le délire avait disparu pour faire place à une entière tranquillité du cerveau.

Pierre Martel avait appliqué sur la blessure du baron une compresse fortement imbibée de l’infusion des plantes qu’il avait apportées de la Canardière. I] lui avait aussi fait boire plusieurs potions de ce même remède dont la vertu se montrait si efficace.

Marie-Louise, Bienville et Bras-de-Fer, la joie peinte sur le visage, se pressaient autour du blessé, qui venait de s’éveiller après une heure de sommeil paisible, lorsque le chirurgien entra.

—Eh bien! comment va monsieur le baron? demanda-t-il en s’approchant du lit.

—Assez bien, merci, comme vous voyez, répondit d’Orsy.

Surpris d’un changement aussi prompt, le chirurgien tâta le pouls du patient en hochant la tête.

—Oui, sauvé! dit-il... La force de la jeunesse et de la constitutiom... la nature enfin. Je m'en doutais !

Quand le chirurgien fut parti, Marie-Louise s’en alla dans sa chambre, où elle s'enferma.

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Puis s’affaissant sur son lit, ce lit de jeune fille, muet témoin de ses rêveries et de ses premiers pensers d'amour, elle fondit en larmes.

—O mon Dieu! dit-elle, soyez mille fois béni d’avoir exaucé ma prière, et ne vous irritez pas d’un chagrin dont ma faiblesse est seule cause. Ce n’est pas mon sacrifice même qui m’arrache ce tribut de pleurs payé à la nature, mais bien plutôt la soudaineté qui m'a fait l’accomplir..…. Oui! vous êtes témoin, Seigneur, que pour conserver la vie à mon frère, je suis encore prête à immoler mon amour. Et pourtant vous seul pouvez savoir ce qu’il m'en a coûté, ce qu’il m’en coûte encore pour rompre avec ce bonheur dont j'avais tant souhaité la venue! Ah! mon Dieu! je ne croyais pas l’aimer autant!

Mais loin de moi ces pensées. Puisque j'ai eu la force de songer au sacrifice, il me faut avoir, en outre, celle d’en braver l’accomplissement !

Alors, elle se laissa glisser les deux genoux en terre, et levant vers le ciel des yeux où les pleurs semblaient protester contre ses paroles :

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—Mère de douleurs, veuillez donner à mon pauvre fiancé... — mon Dieu! c’est la dernière fois que je lui prête ce nom si doux [— veuillez lui donner la résignation que je vous demande pour moi-même. Que tout le poids de la douleur retombe sur moi seule ! Et lui, qu’il soit heureux avec une autre... comme j'aurais pu l’être aves lui!

Quand elle revint dans la chambre de son frère, Bienville s’approcha de la jeune fille

d’un air joyeux.

—Marie- Louise ! dit-il en s’'emparant d’une main qui se retira doucement de la sienne, Marie - Louise, ce nuage de malheur qui a paru plusieurs fois devoir crever sur nos têtes, disparaît enfin à l’horizon. Les desseins pervers de nos ennemis sont anéantis avec eux. Plus de craintes ni de larmes! A nous la joie, car l’avenir est à nous !

—L'avenir n'est qu'à Dieu seul! répondit Marie-Louise, dont le cœur se serra comme sous l’étreinte de la mort.

on \er- | — Tous oids lui, mme en... CHAPITRE XVII e son , fille JOIE #T DEUIL.

d'une — Où courez-vous donc de si grand matin, jenne, mon compère ? disait M. Pelletier, le maigre qui à mais riche marchand de fourrures de la rue ir nos Sault-au-Matelot.

sseins La tête encore couverte de son bonnet de s avec nuit, et ses bretelles négligemment attachées e nous en guise de ceinture autour de son haut-dechausses, il ouvrait en ce moment la porte pondit de son magasin.

omme

— Eh! par la corbleu ! répondit M. Poisson qui passait en courant, ne savez-vous donc point la nouvelle qui court les rues ?

— Comment saurais-je ce que mon épouse ignore encore ?

Madame Pelletier passait à bon droit pour avoir l'oreille toujours à l'affût des nouvelles,

— Il paraît que la flotte de l’amiral Philippe * a quitté le port et redescend vers le

golfe, répondit l’épicier, qui continua sa course après s'être arrêté quelque peu pour reprendre haleine.

— Quoi? qu'est-ce? dit à cet instant une voix criarde partant de l’intérieur de la mai-

son.

C'était madame Pelletier qui venait de

s'éveiller.

Au même instant, la grosse cloche de la cathédrale fit entendre sa voix de basse, tandis que celles de toutes les communautés de la ville lançaient leurs notes d’alto ou de soprano à travers les couches de la brume ma-

tinale.

— Assurément que ce n’est point là l’Angelus, dit M. Pelletier en entrant dans sa chambre à coucher, car on l’a sonné il n’y a pas

plus d’une demi-heure.

Comme il apparaissait, une salve d’artillerie, partie soudainement de la haute ville,

* C'est ainsi que nos Canadiens appelaient Phipps

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fit faire un bond prodigieux à madame Pelletier. Celle-ci, perdant son centre de gravité, vint s’abattre lourdement entre les bras de son époux, qui gémit et plia sous le fardeau.

—Mon Sauveur! qu'est-ce que c’est ? s’écria la bonne dame. Le bombardement recommencerait-il? On disait pourtant qu'il était fini.

— Je vas aller voir ce qui se passe à la haute ville, fit le mari, qui sortit après avoir endossé son pourpoint.

Ceci avait lieu le matin du 23 octobre.

Quand le digne marchand arriva à la haute ville, tout y semblait en mouvement. Offciers et soldats, militaires et bourgeois, tous couraient par les rues, s’appelant les uns les autres, se serrant les mains et riant aux éclats. Les femmes, en toilette des plus matinales, allaient d’une maison à l’autre, le teint très animé, la langue aussi. Il n’était pas jusqu'aux chiens qui n’aboyassent à l’envi, excités qu'ils étaient par cette joie bruyante qu’une bonne fée semblait avoir secouée durant la nuit sur cette ville si sombre et si peu

riante depuis le commencement du siège,

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