Mémoires, loc. cit., p
» Durant ces disputes, nous eusmes moyen de parler » audit sieur de Saint-Laurens, qui nous dit qu'il n'esloil » saisi de chose aucune dudit chasteau, et qu'il ne voyoit » aucune bonne mine aux soldats dùdit chasteau ; qui » nous confirma encore en nostre opinion qu'il y avoit » double trahison; et, sur ce double, voulant prendre garde » audit Po, vismes qu'il se voulut sauver, comme il eust » faict, sans que le sieur d'Orville, gentilhomme franeois, » qui commandoit quatre compagnies sous mondit sieur de » Chastillon, le print au collet et le terrassa.
» Sur quoy, ceux de dedans le chasteau demandoient » parler à M. de Chastillon, et qu'il vînt sur le pont; ce » qu'il vouloit faire, sans nostre résistance et le rapport que » luy fit le sieur de Reboul, qui. en sortant, dit qu'il y » avoit de la mesohanceté, qui fut cause que j'allay, à » la porte, à cheval, faire retirer nos gens.
)i Et, comme ils sortoient à la file, ceux dudit chasteau » mirent le feu à une mine qui estoit au-dessous du pont- » levis, et aux pioches qu'ils avoient braquées contre la porte ; » de sorte qu^une vingtaine de soldats y furent tuez, excepté )> un que le sieur de Vins garda près de luy pour luy dire » quand je serois entré.
» M. le chevalier d'Aumalle estoit dans ledit chasteau » avec cent hommes armez, dans une des salles d'iceluv, » tenant le pistolet d'une main, et Tespéo de l'autre, entre » lesquels estoit le sieur de Vins. Il y avoit aussy cinq ou » six cents harquebusiers qui firent leur salve, mais sans » faire aucun effet, Dieu morcy ; et bien que je fusse à che- » val, à vingt pas de la porte, je n'ouys pas seulement sif- » fier une balle.
» Cela fait, nous nous retirasmes tout doucement, menant » ledit traistre, qui se sauva depuis d'entre les mains des » reistres qui le voulurent avoir, au partir de là. »
De Neufwy, l'armée prit le chemin de la Beauce, où la plupart de ses chefs, sans se douter de la faute capitale qu'ils commettaient en s' enfermant ainsi entre les troupes de Henri III et celles du duc de Guise, espéraient, dans leur aveuglement, lui assurer un séjour matériellement favorable, jusqu'au moment où elle pourrait effectuer sa jonction avec le roi de Navarre ; mais, dit avec justesse Tun des lieutenants de Chastillon', « nous entrasmes dans la » Beauce, sans y faire nul effect, si ce n'est d'attendre la » dissipation de nostre armée, qui ne dura guères. »
A ce moment, le roi de Navarre, vainqueur à Centras, eût dû et pu tenter au moins de se frayer un passage vers la Loire, pour y rallier l'armée qui attendait sa venue : il n'y songea même pas. On ne sait que trop, en effet, avec quelle légèreté répréhensible, de l'aveu des hommes qui lui étaient le plus attachés, il sacrifia à la satisfaction d'un vaniteux caprice les avantages et les devoirs résultant pour lui d'une victoire éclatante : le monarque s'effaçait ainsi devant l'homme qu'égarait une passion insensée. « Ce fut, dé- » clare d'Aubigné/, un grand, mescontentement à tous les » capitaines réformés, quand le roy de Navarre, n'ayant » donné que le lendemain (de la bataille de Coutras) à voir » son gain, mesprisant les villes de Xainctonge et de Poic- » ton qui ne lui pouvoient manquer, ou, selon le désir de » plusieurs, d'aller teiidre la main à son armée estrangère, » qui dès lors approchoit la rivière de Loire, il donna toutes » ces paroles au vent, et sa victoire à l'amour; car, çivec » une troupe de cavalerie, il perça toute la Gascogne pour » aller porter vingt-deux drapeaux d'ordonnance et quel- » ques autres à la comtesse de Grandement, lors en Béarn. II » avoit bien pour couverture quelques affaires du païs ; mais
1. p. de Sainl-Auban, Mémoires, loc. cit., p. 654. i. Hist, univ., t. III, liv. I, chap. xvm.
» indignes d'être considérées, et trop foibles pour l'excuse. »
Gravement compromise par la majorité de ses chefs, abandonnée à elle-même, cernée de toutes parts et de plus en plus affaiblie, l'armée, dans les derniers jours d'octobre 1587, se trouvait exposée aux plus rudes échecs.
Le premier qu'elle se vit infliger, en la personne de Tan de ses principaux chefs de corps, fut celui que le baron de Dohna subit, le 26 octobre, au combat de Vimory, à Tissue duquel Chastillon, qui n'y avait pas pris part, apprenant que les reîtres s'enfuyaient en désordre loin de leur campement, en jetant leurs armes, et qu'ils compromettaient par leur lâcheté le sort de l'artillerie, fit les plus grands efforts pour sauver du moins celle-ci, et y parvint.
Le i3 novembre, toujours prêt à affronter un danger, quel qu'il fut, il n'hésita pas sur le parti à prendre, en présence d'un grave incident qui, ce jour-là, menaçait à la fois et lui et le duc de Bouillon. Ayant eu avis d'un complot ourdi par les reistres et par les Suisses pour se saisir de sa personne et de celle du duc, il se rendit avec celui-ci, le baron de Dohna et quelques colonels, au quartier des Suisses. Là, d'accord avec ces divers chefs, il réussit, par une rare fermeté de langage et d'attitude, à étouffer dans son germe une sédition redoutable.
Le 20 novembre, conformément à la volonté du roi de Navarre, le commandement en chef de l'armée passa des mains du duc de Bouillon en celles d'un autre prince, également jeune et sans expérience, qui, quelque incapable qu'il fût de remplir dignement la haute et difficile mission dont il était investi, n'en rencontra pas moins, dès le premier moment, chez Chastillon, les plus grands égards, car on rapporte * que ce fut « M. de Chastillon qui partit de