‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 116 sur 141 · Dn Bouchet, loc, cit., p. 688, Ô · texte numérisé non relu

Dn Bouchet, loc, cit., p. 688, Ô

» La Curée , qui estoient tous deux en pourpoint comme » moy. J'allay droit à la barricade où j'avois laissé mes ar- » mes, lesquelles je trouvay prinses, et l'ennemi bien avant » andeçà. Nous les chargeasmes et repoussasmes si bîen^ » que nous regagnasmes une barricade, laquelle nous défen- » dismes quelque temps, cependant qu'on en faisoit d'au- )> très derrière nous. Je portois une plume blanche à mon » chapeau, qui me faisoit reconnoistre de tous les soldats, » lesquels m'obéissoient comme les nostres, et les maistres ^) de camp mesmes me prioient de leur dire ce qu'il me sem- » bloit qu'ils dévoient faire.

)) Enfin toutesfois tout le fauxbourg fut pris, et, à la der- » nière barrière, je montay sur un coffre qui y estoit, où je » donnay un coup de pique, à mon plaisir, que je portay » par terre, ce me semble, un grand homme : puis, estant » descendu, je me trouvay tout seul avec le capitaine Offenty » à garder le passage, et soudain que je m'en fus osté, le » piqueur qui se mit en ma place fut tué.

» Le lendemain, le roy dit tout haut que si tout le monde >) eust faict comme moy, le fauxbourg ne se fust pas perdu ; » et me fit le meilleur visage du monde. Je vous mande cela, » non pour vanterie, car vous sçavez que je n'ay point de » vanité, mais pour vous contenter particulièrement, parqe- » que vous dites que je ne vous dis jamais rien.

» Depuis, le roy dé Navarre m'a baillé deux cents che- » vaux et cinq ou six cents arquebusiers à cheval, pour aller » à la guerre.

» Je rencontray M. de Saveuze, de Picardie, et M. de » de Porceville avec deux cent cinquante lances, à trois » lieues de Chartres ; nous nous battismes fort, mais Dieu » m'a réellement bény, qu'ils ont esté entièrement defFaits, » les deux chefs pris, la cornette prise, six vingts morts sur » le champ du combat, et force prisonniers, le reste fort

» escarté, et la pluspart blessez ; et n'y ay perdu que deux )> gentilshommmes de la troupe de M. de Bromin qui estoît » avec moy, et non de celle du roy de Navarre, et deux ou )) trois soldats morts. Du choc, je fus porté par terre, et les » deux premiers rangs de ma troupe auprès de moy, une » quinzaine des ennemis sur moy, force chevaux m'ont » passé sur le ventre ; mais je me relevay, et suis aussi sain » et dispos, Dieu mercy, que vous me vistes jamais.

» J'ay porté au roy les deux cornettes; il m'a fort em- » brassé et entretenu longtemps, m'a demandé force par- » ticularitez de vous, de mes enfans, du Languedoc, de » M. de Montmorency.

» 11 m'a donné une compagnie d'hommes d'armes de ses » ordonnances, en attendant, à ce qu'il m'a dit, qu'il fasse » pour moy davantage.

» Il m'a baillé cent arquebusiers entretenus à Ghastillon, » et le mandement pour six mois sur l'élection de Montar- » gis et de Gieti.

» Voilà comme Dieu aide aux siens. Il me bénit en mes » actions, et je recognois cela venir de sa main, et honore » son nom, et recognois ses grâces avec plus d'humilité que » je ne fis jamais ; car j'estime que le seul moyen de ma » grandeur c'est sa crainte, et de me prosterner devant lui.

» Je suis si es tonné de me voir icy aimé, caressé et ho- » noré de tout le monde, que je prens cela pour un miracle; n mais, pour le comble de mon bien, je voudrois qu'il me » fust permis de vous voir là où vous estes, car j'aime le » Languedoc et ne le puis oster de ma teste.

» M. du For arriva avant-hier, mais je ne l'ay point vu. » Escrivez à M. d'Eurre de me venir trouver avec ses amis, » car, pour l'amour de luy, je diffère à disposer des mem-

» bres de ma compagnie : je l'aime et m'attens en luy. » Mandez-moi en quel estât est le Languedoc, sur quoy

» je pourrois avoir une assignation de vingt mil escus, et

» peut-estre vous iray-je voir; mais il nous faut donner la

» bataille devant, laquelle je çroy que nous gagnerons, et

M vous verray plein d'honneur et de gloire, s'il plaist à

» Dieu. C'est

» Vostre très-fidèle mary,

» Ghastillon.

» a Chastelleraud, ce 25 de may 1589. »

La défaite de Saveuse par Ghastillon était le pendant de celle du duc d'Aumale, à Senlis, par le valeureux de Lanoue, Ces brillants succès, remportés à peu de jours d'intervalle l'un de l'autre, ouvraient aux deux rois le chemin de Paris. Nul n'appréciait mieux que le roi de Navarre leur haute importance; aussi, pressa-t-il son beau-frère, revenu de Châtellerault à Tours, de se mettre en marche avec lui, afin d'arriver, aussi promptement que possible, sous les murs de la capitale.

Absent de Tours, alors que Henri III y résidait encore, Ghastillon reçut de ce monarque, quand il se fut décidé à quitter cette ville, la lettre suivante dont la suscription portait : (( A monsieur de Ghastillon, cappitaine de cinquante » hommes d'armes de mes ordonnances * :

» Monsieur de Ghastillon, le temps est si proche d'arri- ») ver, si Dieu plaist, en mon armée, et, avec l'assistance de » mes bons et loyaux subjectz, faire sentir à mes ennemis » la témérité dé leur rébellion, que j'espère me rendre à ») Beaugency, dans le X"" de ce mois au plus tard. C'est » pourquoy je vous prie et vous ordonne, sur toute l'afiFec- » tion que vous avez, je m'asseure, à mon service, que vous » vous rendiez incontinent, avec tout ce que vous avez et

i. Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,349, f» 15.

» pourrez mettre de gens ensemble, auprès de mon frère le » roy de Navarre, pour vous joindre à moy, et tous ensemw ble avoir part en l'honneur et au bonheur de la victoire w que j'attends de la bonté de Dieu et de la justice de ma » cause ; priant sur ce Nostre-Seigneur vous avoir en sa » saincte garde. Escript à Tours, le S*" jour de juin 1589.

» Henry. »

Au moment de partir pour rejoindre le roi de Navarre^ Chastillon compléta par quelques lignes adressées à sa femme les renseignements qu'il lui avait donnés dans sa

lettre du 25 mai, en lui disant ' :

« M. d'Aumale a esté deffait par M. de Longueville, au- » près de Senlis. M. de Lanoue y estoit, auquel, après » Dieu, on donne tout l'honneur de la conduite. Il y eut trois I) cents chevaux, c'est-à-dire les maistres, tuez, neuf pièces » d'artillerie prinses. C'est un beau commencement, avec )) la défaite que j'ay faite, pour ruiAer la Ligue. Tout se » doit assembler bientost pour essayer d'achever le reste.

» Entretenez-moy aux bonnes grâces de tous mes amis, » et me mandez au plus tost de vos nouvelles et des leurs* » Je n'oublie rien de ce que je cognois à Montpellier, Nis- » mes, Usez et les environs.

» Adieu; je pars pour aller retrouver le roy de Navarre. » Je travaille pour servir à Dieu, et trouver moyen de re- » mettre un peu les ruines qu'on nous a faites. C'est

» Vostre bon mary et très-lîdèle amy,

» Chastillon. »

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